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SUR LES OPÉRAS DE WAGNER

Calembours et jeux de mots. — Une caricature sur le «Tannhauser» (18o6). — Variations sur « Parsifal ». — Les Parodies. — Les exploits d'un dragon en carton et la course à la bague. — Wagnérolâtrie. — Schultze et Mùller à « l'Anneau des Niebelungen ».

Dans la presse et parmi le public, dans la conversation et dans le monde, les choses du théâtre n'occupent pas en Allemagne la place qui leur fut, de tout temps, attribuée en France : d'où le nombre fort restreint des caricatures se rapportant aux œuvres nouvellement jouées que nous offrent les feuilles satiriques berlinoises. En vingt années du Kladderadatsch, du Ulk, des Wespen, ne se rencontre peut-être pas la moindre vignette relative au monde des coulisses. Les planches n'intéressent pas en elles-mêmes : il faut un artiste de génie comme Wagner, des drames ayant la puissante allure de ses créations, pour que le théâtre vienne réellement fixer l'attention publique. Et alors, ce sont surtout des parodies par la plume et par le crayon, parodies mises en action à l'aide des personnages locaux qui parlent de tout et sur tout: à Berlin, Schultze et Mùller; à Dresde, le rentier Bliemchen; à Leipzig, Engelmann le vieux

bottier, et ces personnages donnent naissance à des plaquettes humoristiques, qui ne sont pas toujours d'un esprit très fin, mais qui amusent un instant, qui amènent le rire sur les lèvres, qui dérident — tel fut le cas pour Schultze und Millier im Ring des Niebelungen — jusqu'aux wagnéristes les plus enracinés.

A Vienne, ville de luxe et de plaisirs mondains, où le théâtre est devenu, comme à Paris, une des nécessités de la vie sociale, les feuilles à caricatures s'occupent des actrices et des propos de coulisse. Chaque année les représentations de Bayreuth fournissent à la Bombe, aux Humoristische Blàtter, au Floh, le sujet de piquantes compositions dont quelques-unes ont déjà pris place ici; ou bien ce sont de grandes planches, quelquefois même des numéros entiers, consacrés à la satire graphique de la pièce représentée.

Mais à Berlin, comme à Leipzig, comme à Vienne, on se complaît surtout aux calembours, aux jeux de mots qu'amènent si facilement les personnages et les sujets des opéras wagnériens. Tous les noms, déjà quelque peu barbares, de la mythologie wagnéro-germanique : — Amfortas, Gurnemanz, Kundry, Hunding le guerrier, Brangaene la caressante, Gutrune sœur de Gunther, les filles du Rhin, Woglinde, Wellgunde, Flosshilde, et les Wœlsungen (les descendants de Wotan), et les Gibischungen (les descendants du roi Gibisch), — sont torturés, allongés, intervertis dans leurs syllabes. Pourvu que cela résonne à l'oreille et produise le bruit de la vaisselle cassée, ce Klad-de-ra-datsch si rythmique, peu importe le reste !

La déesse Fricka reçoit en bon français une fric-

lia ssee, pour s'être livrée à des récriminations fort peu intéressantes, les Niebelungen se conjugent et les Siegfried, les Siegmund, autres personnages des drames du Maître, prêtent à des jeux de mots dans l'esprit du suivant :

« Nous avons un Siegmund, une Sieglinde, une Siegstadt, Siegfried est commandé , il ne nous manque plus que Sieglack (c'est-à-dire de la cire à cacheter) et alors nous serons complètement petschirt (cachetés). » Partout, en ces feuilles humoristiques , brillent rimes parsifaliennes ou rimes niebelun-

giennes, jeux de mots avec interversions et rapprochements dans les consonnes.

Schrumschrum ! cric crac ! Les reporters en Bulgarie n'ont plus rien à envier à leurs collègues de Bayreuth. Wagner leur scie (leur coupe) les oreilles.

[Die Bombe, n" 35, 1876.)

Niebelungen — nie gelungen.

Die Walkuren — Leut sekiren.

Rheingold — Kein Gold.

Gotterdammerung — Ohrenhàmmerung.

Les Niebelungen, jamais ne réussirent.

La Walkyrie rase les gens.

Or du Rhin n'est point de l'or.

Crépuscule des Dieux, martelage pour oreilles.

Enfin si l'on veut savoir jusqu'où les Allemands poussent à la fois la passion et la patience dans ces sortes de petits jeux, voici qui nous édifiera complètement. Gomme exercice de désarticulation, c'est tout à fait

réussi.

Variations a Biihnenweihfestspiel (l) [« fests

Biihnenfestspielweilie.

Buhnenspielfestweihe.

Biihnenweihfestspiel.

Festbùhnenspielweihe.

Festspielbuhnenweihe.

Festweihbiihnenspiel.

Spielbûhnenfestweihe.

Spiell'estbiihnenweihe.

Spielweihbiihnenfest.

Weihbuhnenfestspiel.

Weihfestbiihnenspiel.

Weihspielbiihnenfest.

pos du Parsifal.

» joué sur les planches sacrées].

Biihnenfestweihspiel.

Biihnenspielweihfest.

Biihnenweihspielfest.

Festbiihnenweihspiel.

Festspielweihbiihne.

Festweihspielbùhne.

Spielbiihnenweihfest.

Spielfestweilibuhne.

Spielweihfestbuhne.

Weihbiihnenspielfest.

Weihfestspielbiïhne.

Weihspielfestbûhne.

Les étudiants, habiles à faire passer par des combinaisons multiples le classique Ubi bene, ibi patria, sont définitivement distancés par ce petit « jeu de fête » sur les planches de Bayreuth, rebelle à toute traduction.

A ces calembours succèdent les comptes rendus humoristiques qui, de 1876 à 1882 surtout, ont tenu une grande place dans les journaux viennois. Entre tous, voici comment le Kiherïki appréciait l'exécution de Parsifal « l'œuvre sacrée » , quelquefois irrespectueusement dénommée Parsidurchfall (le four de Parsi).

Si je ne me trompe, cela se passa fort tranquillement : le bruit des applaudissements de la claque ne troubla point la représentation (2).

Personne ne devait bruyamment acclamer la musique du Maître. A la fin seulement, lorsque l'œuvre fut tombée sans bruit, Wagner donnant l'exemple de haut , la claque résonna dans la salle. Le Dieu applaudit personnellement, déclara

(1) Mot composé à la façon allemande dont voici la décomposition Biïlmev (Planches) — Weih (Sacré) — Fest (Fête) — Spiel (Pièce, spectacle).

(2) L'on sait que toute marque d'approbation ou d'improbation est formellement interdite à Bayreuth durant le cours de la représentation.

l'œuvre géniale, tandis qu'avec une rapidité peu habituelle l'on quittait le théâtre (1).

Enfin voici les parodies, imprimées ou jouées. Dans ce domaine spécial, l'esprit de toutes les nations se trouve être à peu près identique. Qu'elle soit écrite en français ou en allemand, une parodie du Tannhàuser aura fatalement recours aux mêmes moyens, fera appel aux mêmes éléments comiques : la seule différence réside dans le plus ou moins de souplesse de la langue. Et, sur ce point, l'allemand ne le cède en rien au français.

Parodie du Lohengrin par Stettenheim, de Parsifal par Siegmey, de la Walkyrie par un rédacteur du Schalk, brochures et plaquettes dont l'intérêt réside surtout dans l'actualité et qui deviennent, par la suite, objet de pure curiosité. Voulez-vous juger de leur esprit? Voici le prologue de la parodie de la Walkyrie « destinée au théâtre municipal de Stockerau » (nous dirions, en français, de Fouilly-les-Oies).

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