‹ Richard Wagner en caricaturesChapitre 29 sur 89 · Wittwe Fasold — Na, Sie Bei ' der Hitze und dem Staub · texte numérisé non relu

Wittwe Fasold — Na, Sie Bei ' der Hitze und dem Staub

haben auch weiter kein Gluck! undkeineDroschke! Gab'swcnig-

Da ist die letzte freie Wohnung stens einen Regenbogen ! in Bayreuth !

3.— Im dunklen Theater bei 4— Brûnhilde hat sich stùrmisch auf

350 Kïible. So eben tritt An- dasRossgeschwungen, und sprengt

drassy in die Fùrstenloge. es cum Grane salis in den bren-

Hôchst intéressant!!! nenden Scheithausen. (Textbuch.)

Souvenirs de Bayreuth, 13-17 août.

(Kladdcradalsch, spptembre 187C)

Explication des croquis :

1. L'arrivée à la recherche d'un gîle. — Là, vraiment, vous n'avez pas de chance ! C'est le dernier logement de libre à Bayreuth.

2. En face, là-haut, est le théâtre! La chaleur, la poussière, et pas une voiture! Si c'était seulement un arc-en-ciel ! (allusion aux rayons du soleil qui, en la gravure, tombent dru sur la terre).

3. Dans le théâtre entièrement obscur, par 35 degrés de chaleur. Andrassy vient d'entrer dans la loge des princes. Tout à fait intéressant \ \ !

4. Briinhilde (lisez Mme Materna) s'est précipitée avec violence sur le cheval (de Siegfried), et elle court à franc étrier cum grane salis (jeu de mots sur le cheval « Grane» ) vers le bûcher enflammé (où repose déjà le corps de Siegfried].

Pour donner, sans doute, une contre-partie au Spectacle dans un fauteuil, les humoristes allemands ont inventé le Spectacle dans un anneau.

Le triomphe de la satire germanique ce fut bien véritablement les Niebelungen, cette trilogie changée par un auteur facétieux en cricrilogie.

Donc, entrons au Viktoria-Theater, à Berlin, et prenons pour guide Schulze et Muller, les deux loustics de la cité de la Sprée qui parlent de tout et sur tout.

Grâce à eux. la lanterne est éclairée, le personnel au complet ; le spectacle va commencer.

Voici la galerie des personnages qui, tour à tour, vont défiler devant nous sous le crayon pittoresque ducaricaturiste Schulze(l).

(1) Plaquette publiée à l'occasion de la représentation de V Anneau des Niebelungen au Viktoria-Theater, 5-8 mai 1881. Texte de Mozkowski.

Schultze et Muller devant les géants de Y Anneau des Niebelungen.

Çà, c'est le couple des géants connus pour être d'une force telle que Holtum, le roi des canons, ou, à son défaut, tout autre géant n'aurait osé tirer sur eux.

Il est à regretter, seulement, que dans la cité berlinoise il ne se soit jamais trouvé un couple de chanteurs suffisamment grand — dix aunes, il est vrai, suffiraient à peine — pour représenter les deux; car, aujourd'hui, aucun créateur n'atteint à Fasolt ou à Fafner(l). Et, notamment, il est regrettable qu'un géant comme Drasal (2) ou tout autre de son envergure ne puisse absolument pas chanter.

Ça, c'est Brûnhilde l'enfant des Dieux, la mieux aimée des Walkyries, qui a trouvé le sommeil de la mort pour avoir désobéi à

(1) Les géants Fasolt et Fafaer, personnages de la mythologie germanique, ont construit le Walhalla pour les Dieux à la condition qu'on leur donnerait Freia, la déesse de la Jeunesse et de F Amour, puis ils l'ont échangée contre l'or du Rhin. Mais Fafner, pour avoir tout l'or, tue Fasolt et, transformé en dragon, garde le trésor des Niebelungen dans son antre Neidhole.

(2) Autre personnage des Niebelungen.

papa : on l'a couverte de son bouclier, afin que la fraîcheur de la jeunesse puisse se conserver sous cet ample couvercle.

Papa Wo^an Ta couchée au pied d'un sapin, a posé sur ses cheveux d'or le casque aux ailes de neige, a appuyé sur la cuirasse d'argent le limbe du bouclier et évoqué Loge (1) sous la forme du Feu. Les flammes jaillissantes tout autour du rocher, c'est pour faire plaisir à sa fille qui, en de caressantes càlineries, lui a dit « je veux bien être punie, mais pas déshonorée 1 »

Donc papa Wotan fait garder le sommeil de la virginale Walkyrie par des flammes non moins virginales, afin qu'elle ne puisse être éveillée que par un héros. C'est sans doute un pompier qui l'enlèvera.

Ça, c'est le terrible dragon (2), encore plus géant dans sa ca-

(1) Loge est le dieu du Feu.

(2) L'écriteau qui pend au-dessous de la sonnette porte : « Fafner de sonner fort. »

prière

verne ; il peut cracher feu et flammes même par un porte-voix, hurler des notes, et cependant, il repose en une paisible indolence, fumant sa pipe, comme quelque honnête rentier retiré des affaires.

Ça, c'est le combat de Siegfried et de Fafner.

Schultze et Mïiller, nos deux intrépides bourgeois, se sont logés dans la gueule du monstre « pour être de la partie », mais l'attitude belliqueuse de Siegfried les émeut tant soit peu. « Où nous as-tu fourrés », dit Schultze « ça va nous coûter 500 marks cette place de parterre dans la gueule de Fafner. » Au même instant le terrible dragon crie :

« Je ne demandais qu'à boire et voici que m'arrive de la pâture! » ce qui fait dire à Schultze en manière de conclusion : « Mieux vaudrait qu'il avalât tout de suite Siegfried, trois personnes ne pouvant absolument pas trouver place dans son palais. »

Et Mûller a beau rassurer son bon Schultze en lui affirmant que Siegfried va tuer Fafner, Schultze n'est pas tranquille et demande un notaire pour faire son testament.

Ça, c'est Wotan, avec sa lance, laissant les corbeaux messagers voleter et badiner. Il peut évoquer les puissances magiques, et tout faire, sauf se rendre lui-même puissant, car sa femme le menace de sa pantoufle (1) chaque fois qu'il veut entreprendre

(1) La pantoufle est l'image du pouvoir jaloux et tatillon qu'exerce la déesse Fricka sur son divin époux.

Il ï C II A RD WAGNER EN CARICATURES.

quelque chose qui n'a point son assentiment personnel. Souvent, à travers le pays, on le voit passer seul avec sa lance : c'est le grand « Voyageur ».

Ça, c'est le burg Walhalla où de loyer point on ne paye, où les dieux assis dans la salle s'occupent à croquer les pommes d'or de Freia, ces pommes grâce auxquelles on conserve l'éternelle jeunesse; le Walhalla où l'on parvient par le pont resplendissant de l'« Arc-en-Ciel », véritable route aérienne qui, par la suite, donnera à nos modernes architectes, l'idée des ponts en dos d'âne; le Walhalla avec belle vue sur les environs, avec avant-corps permettant de voir venir les nobles visiteurs.

Voici, d'autre part, de quelle amusante façon Schultze et Mùller ont réduit le livret quelque peu compliqué de V Anneau des Niebelungen, à l'usage des salons et des institutions déjeunes filles.

Sept personnages, sept tableaux; spectacle à grand orchestre avec variations sur l'air de : « Ils étaient sept qui voulaient une bague. »

1er tableau. Les filles du Rhin à danser en rond perdent leur anneau d'or. Arrive Alberich qui dit : « Vous permettez » et s'en empare.

2e tableau. Alberich, satisfait de ce que lui « a apporté la vague », remonte au Walhalla; déjà il se fait tard, le palais sera fermé s'il arrive par la nuit noire, mais, subitement, apparaît Wotan, le dieu, qui poliment lui dit : « Vous permettez, » et s'empare de l'anneau trouvé sur ses propriétés.

3e tableau. Wotan avec les géants qui viennent lui demander Fricka ou son trésor. Le Dieu se faisant quelque peu tirer l'oreille : « Cet anneau nous conviendrait, lui disent-ils, donnele-nous », et sans autre : « vous permettez, n'est-ce pas? » Mais comme ils étaient deux, Fafner estimant qu'un anneau simple ne se peut porter en double, envoie Fasold dans l'autre monde.

4e tableau. Fafner transformé en dragon, par crainte des voleurs monte la garde autour de son trésor, lorsque survient Siegfried : « Laissez-moi vous dire, o Fafner, combien votre anneau me plaît.

« — Va-t'en, lui crie papa Fafner, sans cela il t'arrivera malheur. Chez un bijoutier, facilement tu trouveras bague pareille.

« — Non, c'est la vôtre qu'il me faut. « — Attends, je vais te faire goûter à la moutarde ! » Mais Siegfried transperce le dragon, et poliment lui dit : « Maintenant, il faudra bien vous rendre à l'évidence. Vous permettez ! »

5e tableau. Siegfried et Briinhilde s'aiment d'un amour tendre et se le disent.

« Donne-moi ton anneau, » fait Briinhilde caressante; « à mon doigt, il n'ira point mal, et en échange, je t'offrirai mon cheval Grane.

« — Quoi! tu hésites, ne m'aimerais-tu donc point! aurais-tu, par hasard, quelque autre affection! Tu permets, n'est-ce pas... que je le prenne? »

6e tableau. « Briinhilde, rends-moi l'anneau. » Et il le lui arrache.

7e tableau. Siegfried est mort, un nommé Hagen vient pour lui

enlever l'anneau, mais quoique trépassé, il peut encore mouvoir le doigt annulaire et ne se laisse point prendre le trésor tant disputé.

Finalement, Brunhilde se place sur le bûcher aux côtés de Siegfried et rend aux trois fées du Rhin « l'anneau voyageur ».

Comme quoi, toute une trilogie peut, ainsi que le rideau luimême, rouler sur un anneau.

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