Hogiii e.-t lo Mime de la Tétrcdmjie
les Ases (les dieux), comme rançon d'Ottur, de remplir d'or rouge la peau de la loutre, et ensuite de la couvrir d'or. Pour s'emparer de l'or, Loke attrape avec un fdet le nain Andvari, qui gardait le précieux métal au fond du fleuve, où lui-même nageait sous la forme d'un brochet.
LOKE.
« Quel est ce poisson qui ne sait pas se préserver du piège? Sauve maintenant ta tête des rets de Hel (ou Hella, divinité de la mort infernale), et livre-moi la flamme des eaux, l'or brillant... ))
Andvari livre l'or; il lui restait un anneau... Loke le lui enlève de force.
ANDVARI, entrant alors dans la pierre.
« Maintenant cet or causera la mort de deux frères, et aussi une haine mortelle entre huit nobles guerriers. Nul ne jouira jamais de mon or! »
Les Ases remplissent d'or la peau de la loutre, mise debout sur ses pieds de derrière. Ils entassent l'or à l'entour jusqu'à la couvrir complètement. Mais Rheidmar, s'approchant, aperçoit un poil du museau qui dépasse, et exige qu'il disparaisse. Wotan est obligé d'abandonner l'anneau.
Tel est le vivant, mais grossier épisode qui est devenu, dans Rheingold, la belle scène du
rachat de Freia, avec ce cri si poi^^aiant de Fasolt : « Je vois encore briller l'œil de la douce déesse! »
Ainsi le sens poétique de Wagner s'est révélé, alors même qu'il empruntait aux traditions anciennes, aux légendes populaires, les primitives données de ses touchantes conceptions. Plus encore que le rachat de Freia dans RhemgolcL le chant de l'oiseau dans Siegfried^ sur lequel je reviendrai en temps et lieu, nous montre sur ce point le secret de sa divination. Dans cette naïve légende, Wagner a conquis ce qu'il y avait de vraiment poétique et d'éternellement humain. 11 a retrouvé l'idée du mythe Scandinave dans cent poèmes français ou germaniques, et il l'a pénétrée, traduite, élargie surtout par la puissance de son génie.
Au cours de ses recherches, alors qu'il rassemblait les éléments poétiques épars dans les mythes et les cosmogonies de tous les peuples, Wagner a dû se rencontrer avec d'autres esprits, bien différents de lui, sans doute, mais évocateurs comme lui des traditions fabuleuses, curieux des symboles, passionnés des vivantes images et des fortes personnifications. Que l'on veuille bien se rappeler le costume sauvage de Kundry, au premier acte de Povsifal, sa mine, ses cheveux épars, les explications de Gurnemanz sur son existence, le sommeil qui la prend, le sombre mystère de son passé, et, plus encore,
108 RICHARD WAGNKR
l'appel du magicien Klingsor au deuxième acte, lorsqu'il fait apparaître Kundry par ses infernales formules ; on sera frappé des coïncidences entre les détails de la conception wagnérienne et ceux donnés par Gustave Flaubert, dans l'apparition d'Hélène Ennoia.
Voici un fragment de cette scène, l'une des plus étranges de la Tentation de saint Antoine ^ :
« Et il (Antoine) voit venir une femme qui pleure, appuyée sur l'épaule d'un homme à barbe blanche.
« Elle est couverte d'une robe de pourpre en lambeaux... Elle a sur le visage des marques de morsures, le long des bras des traces de coups ; ses cheveux épars s'accrochent dans les déchirures de ses haillons ; ses yeux paraissent insensibles à la lumière.