Harmonie et Mélodie. 1 vol. Calmann Lévy
2. Ici reparaissent deux thèmes de Tristan et fseuU, celui du désir et celui de la plainte du mi Marke.
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moins réelle au monologue de Sachs (première scène du troisième acte) et aussi quand éclate le chœur grandiose : Wach' aufî es nahet gen den Tag, après le changement de tableau.
Mais ce que les Maîtres chanteurs paraissent avoir de particulier, c'est qu'ils traitent la question vitale de l'art, celle de son renouvellement et de son élargissement. Ils renferment un plaidoyer/ro domo, plein de verve, d'ailleurs juste et persuasif. Walther de Stolzing, c'est Wagner, c'est, par-dessus tout, la personnification de l'art libre, généreux, sincère, en lutte avec la pédanterie étroite de l'école. Hors des règles vieillies, des modes catalogués et des formes hiératiques, les maîtres es poésie n'ont voulu rien admettre ; parmi eux, Beckmesser figure l'impuissance haineuse, la simiesque caricature du génie ; Rothner est le type du pédant solennel, mais consciencieux, qui se croit le dépositaire par excellence de l'orthodoxie en matière de chant. Pogner, Vogelgesang sont plus accessibles aux idées de progrès. Quant à Sachs, si grand parmi ses collègues, il devine, il comprend que la vérité est la seule loi suprême , respectueux du passé, il est désireux de l'avenir. Par lui, la tradition s'alHe à l'innovation. Il ne veut pas que l'on méprise la science de l'école, mais il veut encore moins que l'on étouffe les jeunes hardiesses, que l'on interdise les créations neuves ; toute son àme tressaille
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aux accents de Walther, car il y voit l'exubérance de la nature, la floraison de l'enthousiasme, pareilles à ces jaillissements de feuilles et de fleurs qu'enfante la sève d'avril.
Un autre important symbolisme est à noter dans les Maîtres chanteurs. Walther est un chevalier, un jeune seigneur, le représentant d'une élite; Eva est une fille du peuple: son père, simple artisan de Nuremberg, ne s'est enrichi qu'après de longs et méritants labeurs. Le mariage de Walther et d'Eva symbolise l'union de l'art élevé, aristocratique en quelque sorte, avec l'inspiration populaire, si fraîche, si féconde, si grandement admirable ! Walther lui-même en a eu conscience, et l'a su exprimer, dans les paroles de son Preislied; remontant à la source éternelle de l'art, à la simphcité, à la pureté originelles de l'inspiration, il a vu Eva, l'Eve du Paradis, et en a fait sa muse, sa reine, son amante. Retenons bien cet enseignement. C'est dans les inspirations populaires que se trouvent les éléments constitutifs d'un Art, ceux qui lui donnent sa particulière saveur et qui marquent son caractère national. La mélodie populaire a créé la symphonie ; telle chanson naïve a inspiré mainte œuvre musicale et dramatique; il en a été de même en poésie lyrique, et toujours les grands artistes, les vrais créateurs ont éprouvé le besoin de retremper leur génie à cette source inépuisée.
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P^nfm, la comédie musicale de Wagner nous montre le langage symphonique, avec les formes les plus complexes du contrepoint \ appliqué à un sujet non légendaire, dépourvu même de toute apparence tragique, pris au contraire dans la vie réelle, et renfermant nombre d'incidents familiers. Cette œuvre est donc de la plus haute importance, en ce qui touche les essais d'adaptation de la musique à l'expression des sentiments ordinaires de la vie. Elle prouve que la poésie peut naître des événements les plus simples, que la belle humeur et la verve joyeuse peuvent, par instant, laisser place à des émotions véritables. Faites-nous voir des hommes réels, mettez dans leurs âmes des sentiments vrais. Ils s'agitent, ils tâchent, ils espèrent, ils aiment : c'en est assez pour nous émouvoir. Voilà pourquoi la comédie de Wagner, qui est une œuvre charmante, est aussi une grande œuvre.
1. La polyphonie des Maîtres chanteurs est une pure merveille Depuis l'ouverture, cette page immortelle, jusqu'aux prodigieux ensembles chorals qui se trouvent dans les trois actes, le contrepoint règne, à l'orchestre et aux voix, avec une grande richesse et une extrême aisance. A tout moment, l'on pense à Bach: mais l'œuvre, toute savante et complexe qu'elle soit, ne cesse pas d'être variée, libre et vivante d'allure.
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