La mélodie primitive {V r-melodie) prend ici la forme mi
« Cède, Wotan! dit sa voix grave; crains la malédiction de l'Anneau.
— Qui es-tu, femme? demande le dieu.
— Je sais ce qui fut, je sais ce qui devient, je sais ce qui sera. Erda, âme du monde, Erda, l'Originelle, t'avertit. Les Nornes, mes filles, te diront ce que j'ai vu... Mais un danger pressant m'amène vers toi... Ecoute! Ecoute!... tout ce qui est — finit — Voici venir le Crépuscule des dieux ^.. — je t'adjure : abandonne l'Anneau !
— Ta parole sonne mystérieusement à mes oreilles.,. Reste! que j'en apprenne davantage !
— Je t'ai averti : tu en sais assez .. Songe — et crains! »
Erda s'efface. Wotan se tourne vers Fasolt et Fafner :
« Freia, reviens à nous!... Géants, prenez l'Anneau ! »
Il jette le cercle maudit sur l'Or amoncelé ; Freia se précipite vers les dieux : mais déjà Fafner et Fasolt se querellent. Fasolt réclame sa part du butin, Fafner le repousse brutalement; alors, sur le conseil de Loge, il lui arrache l'Anneau. D'un coup de massue, Fafner l'étend mort à ses pieds.
neure, dite motif d' Erda, et revient en majeur, identique au motif du Rliin, mais rjthmée à quatre temps et transformée par la suite [thème des nomes).
1. Ici paraît le tlième dit du Crépuscule ou de la fin des dieux, visiliiement issu des motifs pn-cédents.
Les dieux sont glacés d'horreur. A l'orchestre, lugubrement, les trombones répètent la malédiction d'Alberich.
Fafner s'en est allé, traînant le cadavre de son frère, et emportant l'Or dans un sac. Le dieu Donner (Tonnerre) propose de dissiper les nuages qui voilent encore le Walhall. « L'incantation de la foudre », qu'il rythme en balançant son marteau, se répercute aux cuivres ^ L'ombre a tout envahi; d'épais nuages enveloppent les rochers. Soudain un éclair les déchire ; à travers les vapeurs qui se dissipent, le Walhall devient invisible : un arc-en-ciel franchit la vallée du Rhin, et semble s'offrir, route aérienne, au royal cortège des dieux-.
Le soleil couchant dore de reflets embrasés les hautes tours du Walhall. Et Wotan chante :
« Le soleil est à son déclin,... en sa clarté rayonne le burg splendide, qui dès l'aube avait séduit mes regards... Et, de l'aube jusqu'au soir, dans la fatigue, dans l'angoisse, il a fallu lutter pour sa possession,... La Xuit approche : contre sa haine, que ce burg nous protège à présent! — Je te salue, demeure auguste, où la crainte ne pénétrera pas. »
1. L'Orage de Rheingold est absolument merveilleux; fout y cst admirable, le rôle de la roix, celui des cuivres, le frémissement harmonieux des cordes divisées en dix-huit parties, auxquelles s'ajoute plus tard le poétique groupe des harpes.
'2. La mélodie de l'arc-en-ciel, si douce et si noble, dérive, à n'en pas douter, du primitif thème de la nature.
En disant ces paroles, Wotan, comme pénétré d'une grande pensée créatrice, ramasse une épée qu'ont oubliée les géants, et, l'élevant d'un geste solennel, il salue lentement le Walhall. Par deux fois la trompette fait entendre le <( thème de l'épée ». Ce thème représentera désormais la pensée qui vient de naître dans l'âme de Wotan, pensée d'où sortiront les Walkyries et les Héros.
Les dieux se dirigent vers le Walhall, s'engagent sur le pont resplendissant de TArc-enciel. Loge les suit, railleur, avec un rire plein de menaces, car il est ce Feu qui dévore et détruit toutes choses, et il regarde étrangement le burg. Mais voici que les harpes vibrent, et que les voix des Filles du Rhin, plaintives, s'élèvent du fond de la vallée :
(c Rheingold ! Rheingold! Or pur du Rhin!... Oh ! comme tu brillais joyeusement pour nous! — Tristes, nous pleurons ta perte... Rendeznous l'Or — rendez-nous l'Or! Oh! rendez-nous l'Or pur du Rhin !
« Rheingold! Rheingold! Or pur du Rhin!... Oh ! que ne brilles-tu encore pour nous ! — C'est aux profondeurs seules que la fidélité demeure... Ceux qui régnent là-haut se réjouissent dans le mal et le mensonge! »
Le thème du Walhall s'élargit à l'orchestre, traversé par la gigantesque fanfare de l'épée... puis, sur une marche triomphale formée du
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motif « de l'Arc-en-ciel », dans une gloire de sonorités éclatantes, les dieux entrent au Walhall, qu'empourpre la rougeur du couchant, pareille à la lueur d'un immense incendie . . .
Rheingold nous a laissé un véritable éblouis sèment : cette musique, si pittoresque, a des clartés aveuglantes et d'exquises douceurs. Elle flamboie avec le feu, ruisselle avec les vagues du Rhin, s'obscurcit quand les antres de Nibelheim s'entr'ouvrent, s'éclaire et se colore graduellement lorsque l'aube dissipe les vapeurs de la nuit. Animée d'une étrange vie élémentaire, elle semble jaillir des phénomènes, dans l'éveil de l'Or, dans l'orage du dernier tableau et l'apparition de l'Arc-en-ciel. Tous les rayons du prisme chatoient en ces mobiles sonorités. Et cependant la prestigieuse féerie contient en puissance les trois drames à venir : les Héros vont naître, et déjà les dieux s'en vont.