LE CREPUSCULE DES DIEUX
Des quatre parties deA' Anneau du Nibelung, le Crépuscule des dieux {Die Gôtterdiimmerung) est certainement le plus dramatique, au point de vue tout au moins de l'intensité des secousses émotionnelles.
Après un début instrumental, où chante le thème de la nature éternelle % le prélude s'élargit en un véritable prologue. Les temps sont accomplis : debout sur le rocher de Brunnhilde, les trois Nornes, filles d'Erda, chantent dans la nuit le cours fatal des choses. Aux profondeurs de l'ombre rougeoie vaguement la lueur mouvante du Feu.
1. Cette M mélodie primitive » — Ur-melodie — est commune, on l'a vu, au fleuve du Rhin, symbole facile à comprendre, à Erda, aux Xornes, etc.
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Les Nomes tressent la corde symbolique des destinées ; en leurs chants alternés, elles disent les origines, le frêne sacré, antique arbre du monde, l'épieu taillé par Wotan dans le bois de ses branches, et, depuis cette blessure, le lent dépérissement des feuilles... puis elles disent les runes de la foi jurée — gardiennes de toutes conventions — gravées par Wotan sur l'épieu, et l'obéissance universelle des créatures, jusqu'au jour où le glaive d'un héros brisa entre les mains du dieu le signe même du tout-pouvoir.— Maintenant, sur l'ordre du maître, l'arbre du monde a été abattu ; ses débris, entassés, entourent leWalhall comme d'un bûcher formidable... si le Feu embrase le bûcher, c'en est fait, à jamais, de la puissance des dieux.
Or, le Feu, c'est Loge, jadis dompté par l'épieu de Wotan, et contraint par lui de garder le sommeil de Brunnhilde. Mais Brunnhilde est réveillée, l'épieu est rompu, Wotan en a plongé les fragments dans la flamme : il va les jeter maintenant sur le bûcher du Walhall.
Ainsi chantent les Nornes, et, poursuivant, elles évoquent des visions ténébreuses : « Alberich un jour déroba l'Or du Rhin !... »
La corde des destinées senible déchirée par endroits.., une malédiction en a usé les fils... (c Trop lâche la corde ! crie l'une des Nornes ; laissez-moi la tendre plus fort ! »
La fanfare du cor de Siegfried sonne dans
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l'orchestre, répondant au thème de l'épée... Violemment tendue, la corde se rompt tout à coup. Par deux fois s'élève le thème de la malédiction d'Alberich.
Les Nornes disparaissent : leur science est finie ; elles retournent auprès d'Erda. Cependant l'aube blanchit l'horizon ; le ciel s'éclaire des premières lueurs du jour. Siegfried et Brunnliilde sortent de la grotte de rochers où ils demeurent ^ Non contente d'apprendre à Siegfried les runes, Brunnhilde lui a donné ses armes et son cheval Grane, réveillé en même temps qu'elle du sommeil magique. En échange de si généreux dons, Siegfried passe au doigt de sabien-aimée le précieux Anneau qu'il trouva dans le trésor de Fafner : « Je te le donne, comme gage de ma foi. »
C'est le désir d'exploits nouveaux qui pousse Siegfried à quitter Brunnhilde. Qu'a-t-il d'ailleurs à craindre pour elle ? La flamme protectrice ne brille-t-elle pas autour de la montagne? D'un tendre regard, Brunnhilde suit le héros joyeux, qui déjà franchit la fournaise, chevauchant Grane et sonnant à pleine gorge la fanfare de son cor d'argent.
Le rideau baisse, la merveilleuse Rhehifahrt
1. A considérer ici : le magnifique développement du thème de Brunnhilde réveillée, et l'éclatante splendeur du « thème héroïque de Siegfried », forme agrandie et solennisée de la gaie fanfare de cor qui avait si heureusement personnifié son impétueuse jeunesse.
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commence ^ Siegfried descend le fleuve sur une large barque, avec ses armes et son cheval près de lui. A la vive chanson du voyage succède le « thème du Rhin », cette Ur-melodie, originelle musique, développée dans le prélude de ^/<é??'^?^o/c?. Ample, majestueuse, elle s'épand en de puissantes ondes rythmiques. Mais voici que le « thème de la Fin des dieux » alterne maintenant avec elle. Puis la fanfare du cor de Siegfried, modifiée, toujours reconnaissable néanmoins, scande les coups pressés de l'aviron et l'oscillation de la barque... Mais une voix se dégage du sonore roulement des vagues. C'est la plainte des Filles du Rhin, redite par l'orchestre, telle que nous l'avions entendue à la fm de Blieingold. Dans le bruit perlé de l'écume jaillissante, dans le bouillonnement des tournoyants remous, semble monter vers Siegfried le cri mélodieux des ondines : « Rendsnous l'Or, l'Or perdu, l'Or qui brillait dans le cristal du fleuve ! »
Le motif de l'Or du Rhin sonne au milieu de cette plainte, et celui de l'Anneau, et d'autres encore, jusqu'à ce que l'harmonie s'apaise et que s'effacent les visions surgies. Ainsi se termine le prologue du Crépuscule des dieux.
Au premier acte de la Gdtterddmmerung, Sieg-