‹ Richard Wagner et le drame contemporain; introductionChapitre 40 sur 43 · RICHARD WAG-NEU · texte numérisé non relu

RICHARD WAG-NEU

du monde par la croix, ce renouveau de la nature entière au jour de la divine souffrance : te L'humble créature ne saurait contempler le Rédempteur... C'est vers l'homme quelle se tourne, vers l'homme racheté par l'amoureux sacrifice de Dieu même. Que l'homme épargne donc la pauvre plante, la fleur qui croît parmi les champs ; qu'il ait pour elle cette pitié que Dieu a eue pour lui. Tous les êtres rendent grâces, eux qui s'épanouissent maintenant et qui mourront demain!... DéUvrée du péché, la nature a son heure d'innocence aujourd'hui. »

Midi sonne. Parsifal et Gurnemanz se dirigent vers le temple. Kundry les suit. Le décor se transforme, comme au premier acte, sur un immense développement d'orchestre, parti du Rite des chevahers et du thème de Parsifal, et arrivant, par les lamentations de la suprême détresse, à la « marche funèbre de Titurel ». Le cercueil est porté dans le sanctuaire... des chœurs alternés se répondent lugubrement.

Amfortas se lève à demi sur sa couche de douleur; il se plaint, le désespoir à l'àme.

« 0 père! crie-t-il, les bras tendus vers le cercueil ouvert; ô père! héros béni! toi, vers qui jadis descendit la troupe ailée des anges... c'est moi qui ai causé ta mortM

1. Pendant cette dernière lamentation d'Amfortas, les thèmes relatifs à Titurel et à l'ancienne splendeur de Montsalvat prennent un caractère incomparablement beau. On ne sait comment

« 0 toi, qui Yois maintenant le Sauveur face à face, obtiens de lui qu'enfin je meure, que ma blessure, que le poison meurent avec moi, avec ce cœur qu'ils ont torturé! Père, père, parle au Seigneur, et dis-lui d'accorder à ton fils le repos ! »

Les chevaliers entourent Amfortas, ils le veulent contraindre à ouvrir le tabernacle. Mais le désespéré se révolte : « Non! non! je sens la mort venir : vous ne me ferez pas rentrer dans la vie! C'est la mort que je veux; frappez, frappez donc ! enfoncez vos épées dans ma poitrine ! tuez le pécheur, tuez son supplice : de lui-même alors resplendira le Gral! »

Parsifal est entré dans le temple ; inaperçu de tous jusque-là, il s'avance vers Amfortas et le touche de la Lance.

« L'arme qui avait ouvert la blessure la pouvait seule fermer. Sois pardonné. Tes douleurs ont été bénies; le Pur Simple aujourd'hui prend ta place. »

Le thème de Parsifal éclate glorieusement. Parsifal marche vers l'autel, il élève l'épieu reconquis, la Lance adorable de la Rédemption; puis il reçoit le Gral des mains des enfants et se met en prière. Le calice rayonne bientôt do sa pourpre splendeur, tandis que se succèdent

décrire de telles grandeurs musicales, en particulier l'elTet du merveilleux motif qui a paru en premier acte, dans le récit de (jurnemanz généralement appelé Das Heillliinn.

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à l'orchestre les motifs de la Cène, du Gral et de la Foi. Tous les assistants se sont prosternés ; leurs voix chantent la miséricorde, le grand miracle du salut : « Rédemption au Rédempteur! » Une montée de sonorités angéliques emplit la coupole du temple : tandis que les voix d'enfants répètent à l'envi le cantique d'amour, la Colombe plane aux hauteurs de la voûte, dans une blanche gloire de lumière. Kundry s'est approchée de l'autel : le regard levé vers Parsifal, elle glisse lentement sur les degrés ; sa tête se penche, ses yeux se ferment ; elle meurt.

La symphonie s'est faite plus céleste encore, mais toutes voix humaines se sont tues dans l'ineffable extase. Une dernière fois, le thème eucharistique retentit, immense, doux, triomphal, et les plis du rideau retombent, la vision disparaît, le son s'éteint, l'œuvre suprême est finie.

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