Siegfried, acte lU, 2' tableau
ET LE DllAME CO.MEMPOU Al.N. b'J
sout tombées sur la plaine, rosée de la céleste grâce... une prière s'élève : c'est l'allégresse des êtres purifiés ! Mais l'humble créature ne saurait contempler le Rédempteur sur sa croix : c'est vers l'homme qu'elle se tourne, vers l'homme racheté par l'amoureux sacrifice de Dieu même... » Et Kundry, lentement, lève sur Parsifal ses yeux noyés de larmes, où tremble l'infmie supplication d'une âme qu'a brisée le repentir. Parsifal se penche vers la Femme pardonnée et l'embrasse doucement sur le front : « Tu pleures, lui dit-il... vois, les prés ont relleuri! »
A toutes ces considérations sur le drame de Wagner, il peut ne pas être superflu d'ajouter quelques mots relatifs à la -mise en scène. Wagner a toujours souhaité, pour l'exécution de ses ouvrages, un théâtre spécialement aménagé dans ce but, offrant une acoustique parfaite, et tel que tous les spectateurs puissent voir la scène à peu près également bien. Le théâtre de Bayreuth, assez analogue aux théâtres des anciens Grecs, donne satisfaction aux principaux desiderata du musicien-poète. Les gradins qui reçoivent le public sont disposés dans un secteur circulaire de faible courbure; il n'y a pas de places de côté. L'orchestre est invisible : devant le proscenium, une « fosse » est ouverte ; elle suit le pourtour de la rampe, s'enfonce jusque sous la scène; c'est là que les
exécutants sont rassemblés. Un double « couvercle », formé de deux pièces inégales, fixées de manière à laisser entre elles un espace libre par où s'échappe la lame d'air vibrante, est destiné à cacher les musiciens aux regards, à supprimer une grande partie du rayonnement extérieur des lampes qui les éclairent, enfin à fondre et à atténuer les sonorités trop violentes. L'illusion scénique n'est pas troublée par la silhouette du chef d'orchestre agitant son bâton de mesure et faisant signe aux chanteurs, ni par les mouvements des divers instrumentistes. Point de boîte du souffleur; de plus, les lumières de la rampe sont dissimulées derrière un rebord. L'innovation essentielle est l'obscurité dam la salle. Seule, la scène est éclairée. Le rideau, qui d'ailleurs s'ouvre par son milieu, transversalement, vers la droite et la gauche, dévoile en s'écartant la vision lumineuse d'un monde quasi-surnaturel, unique, tout encadré d'ombre vague, animé ainsi d'une vie intense et d'une puissante réalité.
La mise en scène décorative des œuvres Avagnériennes abonde en intelligentes combinaisons, souvent nouvelles, parfois très pratiques, et qui prouvent chez le musicien-poète un sens très net du pittoresque. Le paysage crépusculaire du troisième acte du Tannliliuser^, les deux
1. Pour être e.\act et complet, il ne faut reconnaître que l'effet
ET LE DRAME CONÏEM POP. AIi\. Gl
aspects de la Forêt, au premier et au deuxième acte de Siegfried, le décor du rocher de Bruunhilde, les deux chaugements progressifs {Vcrivandtung) par eiiroulemeut du décor, au premier et au troisième acte de Parsif(d, démontrent d'une manière irrécusable la vérité de cette affirmation. L'orage do liheingold, où l'explosion de la foudre est suivie du radieux jaillissement d'un arc-en-ciel, est d'un superbe effet scénique; on peut en dire autant de ce grand battement de porte qui ouvre la triste maison de Hunding, dans la Walki'ire. sur la nuit bleue, la blanche splendeur lunaire, l'infinie éclosion des étoiles. . laipossible de passer sous silence les deux levers du jour dans la Gdtterdàmmerwig, et la Traversée du Feu, dans Siegfried. Si deux efîets de scène l'emportent sur tous les autres, je crois bien que ce sont Vlnamtalion du Feu de la Walkiire et le premier tableau de Rheingold. N'était-il pas un vrai poète, en fait de décoration et d'harmonie scémque, celui qui imagina de nous montrer les Filles du Rhin nageant dans la fluide transparence du fleuve? Elles nagent, elles glissent, et riant se poursuivent, et demi-pâmées s'abandonnent au libre bercement des ondes. L'Or s'éveille, le scintille-
scénliiuedu premier tableau de Tannhiiuser esta peu près irréalisable au théâtre, et n'atteint jamais, de fort loin, à Tinipression qu'il doit produire. La mise en scène de la Chevauchée, quoique moin!* impo>!siblo à régler, reste éfralement toujours en dcrà dere ([lie l'imagination rôve.
ment grandit, emplit l'espace d'une clarté prestigieuse, reflets éblouissants, liquides étincelles, où plongent et replongent les ondines, éperdues d'innocente allégresse. L'impression du Feuerzaïiber n'est pas moindre : on y sent à quel point l'artiste s'est épris de sa création. Comme Wagner a dû se complaire à ce magique effet de scène, se griser de ces sonorités douces et glorieuses, et aussi de cette rose lueur de flamme qui monte, ondule, s'épand en vagues de lumière autour de la vierge endormie ! L'idée d'une telle mise en scène n'est pas une habileté vulgaire : c'est de l'art vrai , de la haute .poésie.
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