LES FÉES
à Wûrzbourg et à Magdebourg ; il espéra même un instant que le théâtre de Leipzig monterait son premier opéra ; mais l'intendant, après lui avoir donné de bonnes paroles, ajourna indéfiniment l'exécution de ses promesses. Ce fut la première grosse déception artistique de Wagner. Elle ne tarda pas à être suivie de beaucoup d'autres.
Premières expériences
L'année i834 marque un grand changement dans la vie extérieure de Wagner. Il venait d'atteindre ses vingt et un ans ; ses études universitaires et musicales étaient terminées ; il lui fallait songer, maintenant, à se faire une situation qui lui permît de gagner son pain et de ne pas rester plus longtemps à la charge de sa famille. Or, comme il voulait être musicien ei que, d'autre part, il ne possédait un talent de virtuose sur aucun instrument, il n'y avait guère, en définitive, qu'une seule profession à laquelle il se trouvât préparé, tant par ses études que par ses aptitudes: celle de chef d'orchestre. Et Wagner se résigna sans trop de répugnances, surtout au début, à ce métier. Il ne lui déplaisait pas de vivre en contact journalier avec le monde du théâtre, et il espérait fermement que, grâce à sa situation, il trouverait plus facilement des occasions favorables pour faire représenter les opéras qu'il méditait. Il débuta assez heureusement dans sa carrière, comme chef d'orchestre au théâtre de Magdebourg (i 834-36). Mais ensuite commencèrent pour lui de dures années d'épreuves, au cours desquelles il lui fallut endurer toutes les misères de la vie d'artiste. Obligé de quitter Magdebourg où le théâtre avait fait faillite, il rentra d'abord pour quelque temps à Leipzig ; de là, il se rendit à
WAGNER ET LA JEUNE ALLEMAGNE Sq
Berlin où il fit démarches sur démarches pour se créer une position. Il poussa ensuite jusqu'à Kônigsberg, où on lui faisait espérer qu'il pourrait obtenir une place de chef d'orchestre au théâtre ; là il se maria le 24 novembre i863 avec une jeune actrice, Wilhelmine Planer, avec laquelle il s'était fiancé à Magdebourg, et se trouva ainsi chef de famille à vingt-trois ans sans fortune et sans gagne-pain assuré. A peine eut-il obtenu la place attendue, que le théâtre de Kônigsberg fit, lui aussi, faillite. Et Wagner, talonné par la misère, se vit obligé d'émigrer avec sa femme jusqu'à Riga, où il remplit, à partir du mois d'août 1887, les fonctions de chef d'orchestre pendant deux ans environ.
Ce changement radical dans sa vie extérieure s'accompagne d'un changement non moins complet dans ses idées.
Les années qui suivent immédiatement i83o sont une date importante dans l'histoire de la pensée allemande. On sait assez le retentissement immense qu'eut dans toute l'Allemagne la Révolution de Juillet et le triomphe en France des idées libérales. Une grande partie de la jeunesse allemande, sous l'influence des doctrines radicales et révolutionnaires venues de l'autre côté du Rhin, se révolta à son tour contre cette domination que les puissances historiques et traditionnelles du passé s'arrogaient sur la génération présente. On s'insurgea contre le régime réactionnaire que la politique de Metternich faisait peser sur l'Allemagne ; contre la censure qui mutilait les livres et bâillonnait la presse ; contre la pruderie de la vieille morale allemande qui empêchait le libre épanouissesement des individualités d'élite. C'est l'époque où Heine, converti aux idées saint-simoniennes, part en guerre contre le romantisme littéraire et politique et prophétise la venue du socialisme ; où Bôroe lance depuis Paris ses