‹ Richard Wagner, poète et penseur (volume 2)Chapitre 9 sur 135 · ÉTUDES MUSICALES · texte numérisé non relu

ÉTUDES MUSICALES

extravagante d'un débutant encore mal équilibré, la marque d'un talent plein de promesses : « Elle contenait en germe, a-t-il dit dans la suite, tous les grands effets qui plus tard ont révolutionné le monde musical. »

Cette période d'exaltation dura peu. Lorsque Wagner, devenu « étudiant en musique » à l'Université de Leipzig, eut jeté sa gourme et se fut lassé des excès assez peu variés de la vie d'étudiant, il revint, pour de bon cette fois, à l'étude de la musique et eut la bonne fortune de rencontrer en Théodore Weinlig, cantor à la Thomasschule, un professeur sérieux et modeste qui sut imposer une salutaire discipline au tempérament fougueux de son élève. Sous sa direction, Wagner apprit à fond, en moins de six mois, l'harmonie et le contrepoint. « Ce que vous avez acquis par cette aride étude, c'est ï indépendance », lui dit son maître en prenant congé de lui. « Il est probable que vous ne serez jamais dans le cas d'écrire une fugue ; mais le fait de pouvoir l'écrire vous affranchit à tout jamais de la tyrannie des règles techniques » (i). L'enseignement de Weinlig porta ses fruits. Grâce à ses leçons, Wagner associa désormais le culte de Mozart au culte toujours plus fervent qu'il rendait à Beethoven. En même temps il s'assagit ; il calma cette fougue intempérante qui se donnait libre carrière dans ses premières œuvres. Dans ces dispositions nouvelles, il produisit des œuvres estimables et correctes, péchant plutôt par manque d'originahté que par la recherche excentrique de l'effet : une sonate, une polonaise, une fantaisie pour piano, des ouvertures, deux symphonies dont l'une fut jouée à Prague par l'orchestre du Conservatoire et à Leipzig, aux concerts du Gewandhaus.

De même ses débuts dans l'art du drame musical n'ont

(1) Ges. Schr. I, 8 et VII, 96.

rien de révolutionnaire. Au cours d'un voyage qu'il fit \ Vienne et à Prague en 1882, il écrivit un libretto de tragédie, la Fiancée, dont il commença la composition aussitôt rentré à Leipzig; mais sa sœur Rosalie, à qui il avait soum'3 son scénario, désapprouva le sujet, et Wagner abandonna aussitôt son projet. L'année suivante, il composa ;on premier drame musical, les Fées, pendant un séjour \ Wûrzbourg où il était allé voir son frère aîné, Albert, qui était à ce moment chanteur au théâtre de cette ville. Les Fées ne sont encore qu'un traditionnel opéra romantique avec ses accessoires obligés : fées, esprits, enchantements, métamorphoses, etc. Le sujet est emprunté à Gozzi, dont les Fables dramaliques avaient été signalées par Hoffmann comme « une mine très riche de remarquables sujets d'opéras » . Wagner essaye de nous intéresser aux amours de la fée Ada avec le mortel Arindal ; il nous montre comment Ada est métamorphosée en statue, par la faute d'Arindal qui a eu la faiblesse de douter un instant de son amante (on reconnaît là un motif analogue à celui que Wagner traitera magistralement, douze anspluslard,dansLo/?eAî^r/«), puis, comment Arindal pénètre, malgré tous les obstacles, jusque dans les régions souterraines où est confinée son amante et lui rend la vie par l'ardeur de ses chants. L'auteur ne pouvait pas espérer que ce conte bleu médiocrement original suffît pour captiver, par son intérêt dramatique, l'attention des spectateurs. Evidemment il comptait avant tout sur sa musique pour donner de la vie et de la couleur à son œuvre. Or, la musique elle-même, malgré des parties incontestablement belles, sui'tout à la fin du second acte, est encore peu originale dans l'ensemble ; on y sent, de l'aveu même de Wagner, l'imitation de Beethoven et de Weber. Les Fées d'ailleurs ne furent pas représentées ; Wagner en fît jouer, non sans succès, des fragments dans divers concerts

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