‹ Richard Wagner, poète et penseur (volume 2)Chapitre 108 sur 135 · JUGEMETS'TS DE WAGNER SUR LES JUIFS · texte numérisé non relu

JUGEMETS'TS DE WAGNER SUR LES JUIFS

« liomme » il faut que le Juif anéantisse en lui le « juif », on d'autres termes qu'il sache vaincre en soi l'instinct dominant de sa race.

De même que les théories de Wagner sur le -judaïsme ont excité contre lui les colères des Juifs de même ses théories sur les races latines et en particulier ses jugements sur les Français ont à tel point froissé notre sentiment patriotique que pendant de longues années l'exécution des ouvrages de Wagner est devenue de ce fait, impossible en France. Il n'y a pas à se dissimuler, en effet, que sa « psychologie des peuples » est assez désobligeante pour nous (i). Aux yeux de Wagner, la race latine a profondément subi l'influence de la race sémitique. Chez le Français, en particulier, apparaît une tendance innée à se donner en représentation, à vouloir toujours se faire admirer, à n'agir qu'en vue de la gloire. Tandis que le Français est essentiellement comédien et cherche avant tout à « paraître », le Germain, et parmi les Germains plus spécialement l'Allemand, est au contraire désintéressé et « objectif »; c'est lui qui est le véritable représentant de la race aryenne et qui est appelé à jouer le rôle principal dans l'œuvre de la régénération. L' « esprit allemand » tel qu'il se révèle chez les grands maîtres de l'art allemand n'est autre chose que l'esprit d'objectivité, de dévouement instinctif à l'idéal. Et c'est cet esprit d'objectivité qui fait la grandeur du peuple allemand dans toutes les manifestations de sa vie nationale. Wagner, pendant quelque temps, est môme allé jusqu'à identifier r « esprit allemand » tel qu'il apparaît dans les œuvres des grands artistes de l'Allemagne avec un autre « esprit

(1) Sur la défiiiition de l'esprit français et de l'esprit allemand, voir ce que nous avons dit plus haut, p. 383.

/'lOS LA DOCTRINE DE LA RÉCi:NER \TION

allemand », celui qui a triomphé à ÎSadowa et à Sedan, et il a célébré les victoires des armées prussiennes comme des triomphes de « l'esprit allemand » (i). — Sur ce dernier point il est évident qu'un Français se ralliera difficilement à la manière de voir de Wagner. Aussi bien, des voix se sont-elles élevées, en .\llemagae même, pour protester contre une pareille interprétaiion des faits : le plus génial des disciples de Wagner, Nieizsche, s'est efforcé d'établir que la guerre de 1870 n'a nullement été la victoire de la « culture allemande » sur la « culture française », mais que le triomphe des armées allemandes a été amené par des causes toutes différentes (2). Tl n'est que juste, d'ailleurs, de reconnaïire que Wagner luimême a notablement modifié ses convictions dans les dernières années de sa vie, et quiî na pas hésité h dire parfois à ses compatriotes de aures vérités. Lor> qu'après la guerre de 1870 il s'engagea dans la grande entreprise de Bayreuth, il ne taraa pas a faire, à ses dépens, l'expérience que l'idéalisme ariistique n'ét; it pas en progrès dans le nouvel empire allemand. Et après avoir, en i865, lancé dans le monde sa détinition de l'esprit allemand, il ne craignit pas, quelques années plus tard, de compromettre sa popularité en constatant publiquement que l'esprit qui présidait aux destinées de l'Allemagne impériale lui paraissait fort différent de l'esprit allemand de Bach, Beethoven ou Gœtlie et qu'il ne se sen-

H) Voir en particulier An dus deulsche Heer voi' Paris [Ges. Schr. IX, 1 s.) et Ges. Sc/w. X, 52. La joie que lui causa ie triomphe des arméos allemandes a aussi inspiré à Wagner sa trop fameuse « comédie dans le style anti(iue » Fine Knpilulalion où ce sentiment d'allégresse, légitime à coup sur chez un [jatriote ailem.ind, se fait jour sous une forme si étrange et d'une manière si profondément blessante pour le sentiment français, encore que Wagner se défende, très siuccrement sans doute, d'avoir voulu ridiculiser une nation vaincue.

(2) Nietzsche Werke, I, 179 ss. ; cf. H- Lichtenberger. La Philosophie de Nieizsche. p. 55 s.

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