LA REVELATION DU PECHE
se fait plus pressante, il l'écarté d'un geste impatient. Alors surgit soudain du milieu d'un buisson fleuri qui s'enlr'ouvre la tentatrice Kundry, richement parée, à demi étendue sur une couche de fleurs. Avec une science profonde du cœur humain, elle commence son œuvre de séduction en rappelant à Parsifal le souvenir de sa mère Herzeleide qu'il a oubliée pour courir le monde et qui est morte de desespoir à la suite de cet abandon. Gagné par l'émotion, accablé de remords et de douleur, Parsifal tombe aux pieds de Kundry; alors la charmeuse, avec une tendresse insinuante et presque maternelle, enlace doucement le cou du pauvre enfant : elle guérira par ses caresses son âme endolorie ; après avoir connu l'amertume des larmes, il goûtera les douceurs de la consolation ; l'amour à qui il doit le jour, l'amour qui triomphe de la mort et qui donne la science de la vie dissipera ses remords, changera ses peines en joie; et Kundry se penchant sur Parsifal dépose sur ses lèvres un long baiser d'amour. — Mais brusquement le héros s'arrache à son étreinte avec un geste de terreur. Le baiser de Kundry lui a donné l'intuition subite et poignante du péché. Le voile de l'ignorance qui empêchait le regard du Simple de pénétrer le sens des scènes qui se déroulaient sous ses yeux à Monsalvat s'est déchiré d'un seul coup ; par une soudaine illumination de tout son être, il est devenu conscient de la tragédie universelle {Melt-hellsichtig). Il sent brûler dans son cœur le feu ardent du désir ; il souffre lui-môme de la blessure qu'il a vu saigner au flanc d'Amfortas ; il comprend maintenant ce que lui demandait le Seigneur dans le temple de Monsalvat : « Sauve-moi, lui disait sa voix plaintive, délivre-moi des mains pécheresses qui me détiennent » (1), 11 voit clairement l'immensité de la faute
(1) uEiiôse, rette michaus schuldbefleckten Hdnden !» {Ges Schr.X,3ô9).
doni il s'est rendu coupable envers Amforlas, envers l'humanilé souffrante, envers le Rédempteur lui-même, par sa folle inconscience. Il sait aussi, à présent, qui est Kundi-y ; il reconnaît en elle réternclle séductrice qui a attiré Anilorlas dans ses filets, qui a failli le prendre, lui aussi, par les mêmes artifices au moyen desquels elle avait pris jadis le roi pécheu r. Et il la repousse loin de lui avec une indicible horreur. En vain Kundry, changeant de tactique^ essaye d'exciter sa commisération ; elle le supplie d'avoir pitié d'elle, de mettre un terme aux souffrances qu'elle endure depuis le jour où elle a raillé le Christ, de lui donner, on l'aimant, ce pardon suprême qu'elle attend depuis si longtemps. Parsifal sait que s'il oubhait, ne fût-ce qu'une heure, sa mission entre les bras de Kundry, ce serait la damnation éternelle pour lui comme pour elle; il sait qu'à la source empoisonnée d'où découlent tous ses maux, jamais Kundry ne pourra puiser le breuvage qui guérira sa souffrance ; il sait que, victime de l'illusion universelle, elle croit voir son salut là où elle ne trouverait que sa perte définitive (i). Il la sauvera donc malgré elle, en lui résistant jusqu'au bout, en la poussant au désespoir, en excitant même, par son refus inflexible, l'aveugle fureur de la femme éperdue d'amour. Vainqueur du désir, Parsifal n'a rien à craindre de Klingsor qui accourt aux cris de Kundry et veut le frapper de sa lance. L'arme sainte s'arrête au-dessus de la tête du héros qui la saisit et trace avec la pointe le signe de la croix. Aussitôt la splendeur mensongère du palais de Klingsor s'évanouit, ses jardins enchantés se transforment en une alTreuse solitude, les Hlles-Fleurs jonchent la terre semblabks à des fleurs fanées. L'illusion qui pare de ses
(1) « Oh Wellcnwahtis Umnnchten : in hôchslen Hcilcs hciszer Sucht nuch (1er Vcrdammnisz Qucll zu schmachten ! » [Ges. Schr. X, 361).