RETOUR DE PARSIFAL A MONSALVAT
trompeuses séductions le « royaume du jour » s'est dissipée, et la réalité que dissimulent les mirages décevants du désir se révèle soudain dans sa muette et morne désolation. Parsifal est désormais en possession de la suprême sagesse ; il a vu dans le désir la source du péché et de la souffrance, il a résisté aux séductions de l'éternelle tentatrice ; l'intuition lui a révélé le sens de l'univers ; il ne saurait s'élever plus haut qu'il ne l'a fait lorsque d'un signe il a anéanti le paradis maudit de Klingsor. Mais Wagner ne veut pas nous laisser sur l'impression d'une négation. Parsifal n'est pas seulement le destructeur d'un univers maudit, il est surtout le fondateur d'un ordre de choses nouveau ; il ne renonce pas seulement au désir, il ne meurt pas seulement au monde, mais il est le prophète d'une vie nouvelle, splendide et glorieuse. De là ce merveilleux troisième acte de Parsifal où Wagner nous décrit en quelque sorte l'ascension de son héros vers la lumière, et nous fait assister, par la magie de son art, à l'aurore du jour nouveau qu'il voit luire, dans les lointains d'un avenir inconnu, pour l'humanité régénérée. Dans Tristan déjà il avait exprimé le pressentiment de l'au delà, la paisible et triomphante certitude que la mort du désir n'est que le prélude d'une existence supérieure. Au dénouement de ce sombre drame tout brûlant de passion douloureuse et tragique, Iseut entre dans la mort non pas en révoltée ou en vaincue mais avec la joie mystique de l'illuminée qui s'unit à son Dieu ; à force de souffrir, elle a fini par renoncer d'une manière absolue à tout désir impur, et cette « conversion de la volonté » fait de sa mort une apothéose ; pendant son pèlerinage sur terre, elle s'est enfoncée toujours plus avant dans les ténèbres de la douleur, et voici qu'au terme de sa route surgit tout à coup devant elle la vision radieuse d'une vie divine au sein de l'amour. Il y a
déjà dans les harmonies du Chant d'extase d'Iseut la même sérénité lumineuse, pure et consolante qui fait le charme souverain du troisième acte de Parsîfal. Mais cette vision de paix et de bonheur qui, dans Tristan, brille, pour un instant seulement, au dénouement du drame lé plus profondément douloureux et angoissant qu'ait écrit Wagner, se précise dans Parsifal] et se déroule en une série de tableaux d'une incomparable beauté : le retour de Parsifal à Monsalvat, le baptême et le sacre du héros, TEnchantemenl du Vendredi saint, le cortège funèbre de Titurcl, enfm la guérison d'Amforlas. D'action draraatiiiue, il n'y en a pour ainsi dire plus dans cette conclusion. L'événement décisif du drame, Vacte proprement dit de Parsifal, cette intuition soudaine qui l'a rendu conscient de la loi dernière du monde, s'est produit au moment où le héros a repoussé Kundry et brisé la puissance de Klingsor : à cet instant Parsifal a atteint la sagesse suprême, la sainteté; il ne peut plus grandir désormais. Écarté pendant quelque temps de Monsalvat par la malédiction de Kundiy (i), condamné à errer à travers le monde pour expier la faute qu'il a commise inconsciemment, assailli par l'adversité, en proie aux remords, Parsifal arrive au terme de ses épreuves non par un nouvel effort de sa volonté ou de sa raison mais par un effet de la grâce, parce que l'heure du triomphe a sonné pour lui. Et tout s'incline aussitôt devant l'élu de Dieu : Gurnemanz le salue comme son maître; Kundry repentie reçoit de lui le baptême et le baiser de paix; la nature elle-même lui fait fête, car
(1) Lorsque Parsifal à la fin du 2o acte repousse l'amour de Kundry et lui demande de le couduire vers Amfurtas, elle s'iudigue de ce que le héros veuille sauver le roi-pèi-lieur et lui refuse à elle de la sauver eu l'aiiuaut : c'est pourquoi elle maudit les chemins qui l'éloigaeront d'elle : « Pfad und Wege,die mir dich enlfuhren,so vemiinschich tiédir : Irre! Irre, — mir 80 vertvaut — dich iveih' ich ihm zum GeleiV! » [Ges^ Schr. X, 363).