‹ Richard Wagner, poète et penseur (volume 2)Chapitre 30 sur 135 · EMPRUNTS DL" WAGNER A SES DEVANCIEHS · texte numérisé non relu

EMPRUNTS DL" WAGNER A SES DEVANCIEHS

corame le Tannhâuser de Wagner, une nature ardente, ambitieuse, avide d'amour et de gloire. Il est, comme lui, uni par une profonde amitié au généreux et loyal Wolfram d'Eschenbach. Oflerdingen, dans le récit d'HofCmann, dispute à Wolfram le cœur de la belle comtesse Mathilde de Falkenstein, comme Tannhâuser, djHis le drame de Wagner, est le rival de Wolfram auprès d'Elisabeth. De même Ofterdingen et Tannhâuser célèbrent dans leurs chants Vénus et la volupté (i) et s'attirent ainsi la haine des minnesinger de la Wartbourg, Tous deux, après avoir « erré misérablement sur les bords du fleuve des enfers (2j », finissent par être rédimés et renoncent, l'un aux enchantements de Vénus, l'autre aux sortilèges de Klingsor.

Il faut bien reconnaître, toutefois, que Wagner doit en somme peu de chose à ses devanciers. Si le drame du Vaisseau-fantôme était déjà presque entièrement esquissé dans la nouvelle de Heine dont Wagner s'était inspiré^, la fable dramatique et surtout l'action intérieure de Tannhâuser sont au contraire une création absolument originale.

Tandis que le Tannhâuser de la légende n'est guère qu'un voluptueux repentant, et l'Ofterdingen de Hoffmann un ambitieux qui se résigne à sa destinée, le Tannhâuseï de Wagner symbolise un des instincts les plus profonds du cœur humain, l'aspiration vers le bonheur, vers la jouissance immédiate, vers le succès tangible. La Vénus qu'il adore n'est pas seulement la déesse de la volupté énervante et dégradante : elle est aussi la source de toute joie terrestre, de toute beauté, de tout ce qui rend la vie

(1) Hoffmann décrit ainsi l'effet des cbants d'Ofterdiugen : Gliihende Dûfte mehten daher, laid Bilder uppigen Liebesglûcks flammten in dem aufgegangenen Eden aller Lust (éd. Diimmlerp. 34). Nasias, une sorte dédouble mystérieux d'Ofterdingen créé par les sortilèges de Klingsor chante les charmes d'Hélène et les délices du Venusberg dans sa lutte poétique avec Wolfram (p. 61) et devant les chauleurs de la Wartbourg (p. 68).

(2) Hoffm;uiu éd. Dùmmler p. 72.

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bonne et désirable ; sans elle, ce monde ne serait qu'un désert. Son royaume n'est pas pour les faibles, pour les esclaves, il ne s'ouvre qu'aux héros, qu'aux vaillants qui, comme Faust, demandent à goûter toutes les joies et aussi toutes les douleurs humaines (i). C'est pourquoi Tannhauser, lorsqu'il l'abandonne, au premier acte, lui conserve un culte passionné : « Jamais, s'écrie-t-il, mon amour ne fut plus grand, jamais plus vrai qu'à cet instant où, pour toujours, il me faut te quitter» (2). S'il fuit le Venusberg, ce n'est pas par renonciation ascétique au bonheur, mais seulement parce qu'il est las de subir l'esclavage de la volupté, parce qu'il veut accomplir sa destinée d'homme, parce qu'il conçoit la vie comme un combat éternel et non comme un état de perpétuelle et passive félicité. C'est pourquoi aussi il sait d'avance qu'il ne reviendra jamais vers Vénus, parce qu'il est résolu, comme Faust, à ne jamais reposer sa tête sur un oreiller de paresse, à ne jamais demander à l'instant fugitif : « Demeure encore, tu es si beau ! » Mais l'amour lui apparaît toujours comme la loi suprême de l'univers : « C'est pour toi, pour toi seule, ô Vénus, que retentiront mes chants!... Tes charmes vainqueurs sont la source de toute beauté ; de toi émane toute grâce, toute merveille. Que l'ardeur, par toi versée en mon sein, brille en ton honneur, comme une claire flamme ! Oui, contretout l'univers, sans crainte, je.veux être toujours ton champion (3). « Tannhauser nous représente ainsi tout un côté de l'âme de Wagner. Comme son héros, Wagner sentait en lui un désir intense du bonheur ; il avait poursuivi ardemment le succès à Paris, il le poursuivait à Dresde ;

(1) Sur la comparaison de Tannhauser et de Faust, voir A, Ernst, l'Art de R Wagner, Pfirisl893, p. 342 ss. (?i r;ex. Srhr. II, s.

l?,) Ihid. 8.

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