‹ Richard Wagner, poète et penseur (volume 2)Chapitre 54 sur 135 · ÉVOLUTION DE LA POÉSIE : RÀÔÏNE 21 Q · texte numérisé non relu

ÉVOLUTION DE LA POÉSIE : RÀÔÏNE 21 Q

corè ses sujets, et de tenter ainsi une rêbaissâïtôe factice d\i drartie antique, modernisé, bieïi entendu, «t par cela môme déformé. Tandis que le drame de Shakespeare s'est développé organiquement en partant du iroman et de la chronique histori'qtre, la tragédie de Racine doit sa forni*e, selon Wagner, au cadre où elle a été jouée ; et cettfe forme à èon tour a déterminé le contenu qui y fut versé. La tragédie classique, fruit d'une évolution anormale, n'est doncqii'un produit d'art factice et, partant, non viable.

Les poètes modernes de l'Allemagne, mênae les plus grands comme Gœthe ou Schiller, to'ôtit èli <|u'osciller entre les deux pôles opposés de l'art d'ràmàticj'ù'é, entre Shakespeare et Racine. Ils se sont toUs efforcés, sans succès définitif d'ailleurs, de concilier la vie intense du drame shakespearien avec la beauté dt formé de la tragédie racinienne. Aucun n'est venu à bout de celle tâche impossible. Et Wagner de conclure : « Nous n'avons pas de drame et nous ne pouvons pas en aVoîr. Notre drame littéraire difîère autant du drame véritable qu'un piano peut différer d'une symphonie de voix humaines : dans le drame moderne on arrive, grâce à une technique littéraire perfectionnée, à produire une façofci dé poésie, dé même qu'au piano on arrive, à l'aidé d'un mécaniisme côïnpliqué, à produire une façon de musique ; seulement cette poésie n'a pas d'âme, cette musique n'a pas d'étoffe (!).«

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Vers ie milieu du xvi^ siècle cepenclant, naît en Italie utié forme d'art nouvelle, plus complexe que le drame

{l)Ges. ScAr. 77,29.

220 IDÉES DE WAGNER SUR l'aRT

littéraire, l'opéra, qui, au premier abord, semble réaliser cet idéal d'art communiste rêvé par Wagner. La musique, réduite pendant tout le moyen âge aux artifices stériles du contrepoint, reprend conscience, vers ce moment, de son pouvoir expressif ; les artistes s'essayent à noter aussi fidèlement que possible les diverses émotions de l'âme humaine et s'attaquent audacieusement au problème de la correspondance entre la musique et la poésie ; ils se proposent, comme but conscient de leurs efforts, de retrouver l'art perdu des anciens tragiques grecs dont la Renaissance venait de remettre les œuvres en honneur. Le fruit de ce mouvement nouveau est le drame lyrique qui trouve dès sa naissance, dans les palais des princes, à Rome et à Florence surtout, un somptueux asile, et qui ne tarde pas à se répandre non seulement dans toute l'Italie, mais bientôt aussi à travers l'Europe entière. Wagner a étudié avec beaucoup de soin, dans la première partie d'Opéra et Drame, l'évolution de l'opéra depuis ses origines italiennes jusqu'à la forme complexe qu'il a prise au xix^ siècle avec Meyerbeer et ses imitateurs. L'espace nous manque pour le suivre dans son long exposé historique et pour passer en revue les arguments à l'aide desquels il cherche à démontrer qu'à aucun moment de son évolution l'opéra n'a complètement réalisé cette alliance intime de la musique et de la poésie qui est le but vers lequel doit tendre le drame contemporain. Nous nous bornerons à résumer les principales critiques qu'il fait à l'opéra moderne italien ou français. Pour bien comprendre l'esprit de la réforme de Wagner, il importe, en effet, de savoir comment il jugeait l'œuvre de ses devanciers immédiats et pour quelles raisons il estimait indispensable de rompre d'une manière absolue avec les traditions qu'ils suivaient. Le grief fondamental de Wagner contre l'opéra mo-

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