RÔLE DE LA MUSIQUE DANS LE DRAME : L 'ORCHESTRE
est, dans le drame de l'avenir, l'œuvre particulière du poète — l'action et le poème — et l'œuvre commune du poêle et du musicien, — la mélodie chantée, — à voir quelle est l'œuvre spéciale du musicien et dans quel esprit il doit s'en acquitter.
Le poète, avons-nous vu, réalise son intention tout dabord par la mélodie chantée issue spontanément du vers déclamé. Mais cette mélodie, si nous la considérons sous son aspect musical, peut être comparée à une ligne horizontale tracée à la surface des flots de l'harmonie ; chaque point de cette ligne est le sommet d'une colonne sonore verticale, d'un accord harmonique s'élevant de la note fondamentale vers la surface. La mélodie chantée — et par suite aussi l'expression sensible de la pensée poétique — demeure imparfaite tant qu'elle retentit seule, privée de ses bases harmoniques. En composant ses vers, le poète entend inconsciemment résonner à ses oreilles non pas seulement le chant, mais aussi l'harmonie qui est une partie intégrante de ce chant. Seule la mélodie harmonisée issue de l'air de danse, la mélodie telle qu'elle est devenue possible par suite du prodigieux développement pris, dans les temps modernes, par la musique symphonique, est en mesure de traduire d'une manière adéquate, pour les sens, la conception du poète. Or, ces bases harmoniques de la mélodie chantée, le poète ne peut les construire à l'aide des ressources de son art propre. Il n'invente donc pas en réalité la mélodie, il la découvre, telle qu'elle se dessine dans l'âme de son collaborateur le musicien (i).
(1 ) « Wenn somit bisher der Musiker seine Musik, so zu sagen ans der Harmonie hei'aus konstruirle, so wird jetzt der Tondichter zu der uns dem Sprachvers bedinglen Mélodie dieandere nothwendige, inihr aber bereits enthaltene, rein mussilsalische Bedingung , als miterklingende Ilar-
24o IDÉES DE VVAGNfîR SUR l''.RT
Pour créer sa symphonie dramatique, le musicien ne peutsecontenterd'employeruRiquementlavoixhumaine,de confier par exemple à des personnages secondaires ou à un chœur le soin de donner à la mélodie chantée ses bases harmoniques. Dans le drame musical, en effet, aucun personnage ne doit avoir un rôle tellement insignifiant que son chant puisse servir de simple accompagnement à la mélodie chantée par le personnage principal (i). En revanche, le compositeur moderne dispose, pour s'acquitter de la tâche qui lui incombe, d'un instrument merveilleusement expressif, porté à un rare point de perfection par les progrès immenses accomplis dans les temps modernes pour la musique instrumentale : l'orchestre. Dans quel esprit va-t-il s'en servir?
Le compositeur d'opéras ordinaires use en général de l'orchestre comme d'une gigantesque guitare chargée simplement d'accompagner la mélodie du chanteur ; ou sinon, i 1 lui fait exécuter des morceaux de « musique absolue » destinés à plaire par eux-mêmes, et sans rapport avec l'action dramatique. Tout autre est le rôle de l'orchestre dans le drame musical. De même que le poète, soit qu'il construise l'action, soit qu'il écrive le libretto, doit toujours composer dans l'esprit de la musique, de môme aussi le
monie, nurwie zu ihrer Kennllichmachung noc/i mit hinziifugen. In der Mélodie des Dkhters isl die Harmonie, nur gleiclisam taïausr/esprochen, Kchon milenthalten : sic bedang qanz unbeachlet die ausdrucksvolle Uedeutung der Tône, die der Dichler fur die Mélodie bestimmte... Die Harmonie Korm^e nber nur der Musiker, nicht der Dichler evfinden. Die Maladie, die wir den Dichler ans dem Sprachverse erfinden sa/ien, iuar, aU eine harmonisc/i bedingte, daher eine von ihm mekr gefuudenc als iifuudeue... Dièse Mélodie hedang, ehe sie der Dichter zu seiner ErWsung fnden konnle, bereils der Musiker ans seinem eigensten Vennôgen : er jiihrl sie dem Dichler als eine harmoniscli gerechtferligle zu, uud nur die .Mélodie, wic sie aus dem Wesen der modenien Musik ermf)?liclit wird. ist die dea Dichter erlusende, seiiieu Draug erregendc vie belViedigende Mdodie. » {Ges. Schr. IV, 158 s.) (1) Ges. Schr. IV, 162 ss.