‹ Richard Wagner, poète et penseurChapitre 106 sur 192 · ÉCHEC DES PROJETS DE WAGNER A MUNICH · texte numérisé non relu

ÉCHEC DES PROJETS DE WAGNER A MUNICH

finalement céder — vint arrêter l'exécution de ce plan grandiose. La création d'une École de Musique selon les idées de Wagner avorta ; Gottfried Semper termina bien son projet de théâtre, dont le modèle fut exposé à Zurich vers la fin de 1866 et soumis au roi Louis II dans les" premiers jours de 1867, mais les choses en restèrent là ; la seule satisfaction artistique que put obtenir Wagner, fut la représentation des Maîtres Chanteurs en 1868 à Topera royal de Munich, Pendant plusieurs années son projet parut enterré ou du moins indéfiniment ajourné. . En 1871 enfin, Wagner estima que l'élan imprimé à l'esprit national par les victoires des armées allemandes devait aussi favoriser la réussite de sa grande entreprise artistique. Et, après avoir en vain sollicité l'appui du financier ou moral du nouveau gouvernement impérial, il se décida à faire appel à ses amis, aux partisans de l'art de l'avenir. Au mois d'avril 1871, il se rendait pour la première fois à Bayreuth. Le 12 mai de la même année, il lançait une proclamation annonçant les représentations solennelles de ï Anneau du Nibelung et ouvrait une souscription publique pour la construction du théâtre modèle de Bayreuth. — - Après cinq ans d'efforts, l'œuvre était achevée et la victoire décisive remportée. Nous n'avons pas à exposer dans le détail l'histoire de cette grande entreprise, mais seulement à voir comment et dans quelle mesure Wagner est parvenu à réaliser sa conception première.

La ferme volonté do Wagner, dès le début de l'entreprise, était de lui enlever tout caractère industriel. Personne ne devait tirer un profit matériel des représentations de Bayreuth. Une association de a patrons » fournissait les fonds de l'entreprise et disposait ensuite librement de >utes les places. Dans la pensée de Wagner, personne ne evait pouvoir entrer au théâtre modèle pour de l'argent :

38o RÉALISATION SCÉNIQUE DES DRAMES DE WAGNER

ses représentations étaient des soirées privées que les spectateurs s'offraient à eux-mêmes, à leurs frais et pour leur plaisir ; le public était ainsi appelé à collaborer activement à l'œuvre des artistes. Telle était la conception première dont Wagner refusa tout d'abord obstinément de s'écarter. Au moment où en 1873 et 1874 la situation financière de l'œuvre de Bayreuth semblait désespérée, on lui offrait de Berlin des sommes considérables s'il voulait transporter son théâtre modèle dans cette ville et donner à son entreprise un caractère industriel ; de Baden-Baden, de Darmstadt, de Londres, de Chicago, lui venaient des propositions analogues. Il refusa toutes ces offres, préférant voir crouler son œuvre plutôt que de la laisser dénaturer par une concession de cette gravité. Le théâtre de Bayreuth, commencé avec les sommes souscrites par les « patrons » de l'œuvre, fut achevé grâce au concours financier de Louis II qui, au moment où Wagner allait annoncer publiquement que la partie était perdue et que les travaux allaient être interrompus, avança les fonds nécessaires pour mener l'entreprise à bonne fin ; il dut même intervenir une seconde fois encore, après les fêtes de 1876 qui s'étaient soldées par un déficit considérable afin de sauver l'œuvre d'une banqueroute imminente (1). A deux reprises, en 1874 et après i876, les « patrons » de Bayreuth s'étaient donc montrés impuissants à soutenir l'entreprise, si bien que Wagner avait dû convenir que le théâtre de Bayreuth « n'avait pas, en réalité, de patrons, mais seulement des spectateurs payant très cher leurs places ». — Un second

(1) 11 est à remarquer qu'en 1874 et eu 1877, le roi Louis ne donna pas k Wagner l'argent nécessaire mais le lui prêta. Il récupéra peu à peu les pommes avancées par lui en confisquant les tantièmes que Wagner aui touchée à Topera royal do Munich. C'est donc en définitive Wagner qui trouve avoir achevé à se» frais l'œuvre de Bayreuth, et sauvé plus tard 1* treprise de la banqueroute (V. Chamberlain. R. Wagner, p. 327).

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