‹ Richard Wagner, poète et penseurChapitre 116 sur 192 · RÉDEMPTION DE INHUMANITÉ PAR LE SANG DU CHRIST · texte numérisé non relu

RÉDEMPTION DE INHUMANITÉ PAR LE SANG DU CHRIST

souffrir consciemment, le sang divin du Sauveur sera « Fmcaraation de la souffrance consciente et voulue (1). » Si nous en croyons Schopenhauer, il peut arriver qu'une espèce animale, sous la menace d'une destruction imminente donne naissance, dans un effort prodigieux pour lulttr contre l'anéantissement, non pas seulement à des individus supérieurs mais aune espèce nouvelle. C'est d'une manière analogue qu'il faut, d'après Wagner, nous représenter l'origine du Christ : l'humanité tout entière, menacée de dégénérescence même dans sa race la plus glorieuse, dans la race blanche, aurait enfanté „ dans un effort désespéré, un être unique et nouveau, résumé divin de l'espèce humaine tout entière (2). Après lui, nul ne l'a é$alé; son sang s'est altéré, corrompu dans les héritiers humains de sa doctrine et de sa foi. Mais ee sang divin n'eu a pas moins coulé pour le salut de l'humanité. Le christianisme n'est pas comme le brahmanisme la religion d'une race privilégiée, la religion de l'élite humaine,, mais une religion universelle pour tous les peuples, pour les pauvres d'esprit et les déshérités. Le sang divin du Christ qu'aujourd'hui encore les fidèles sont admis à goûter,, lorsqu'ils prennent part à la Sainte-Cène (le seul sacrement authentique selon Wagner), est l'antidote souverain grâce auquel le genre humain tout entier peut échapper à la loi de la, dégénérescence des races et purifier son sang corrompu.

(1) « Fanden wir nun demBlaUdernogenannlen weiszen Race die Fâh!g-

keil de» bewustten Leidens in besonderem Grade zu eigen, so mtissenwtr

ietzt im Blut des Heilands den lnbegriffdes bewuszt wollenden Leideni

telbsl erkennen, der al* goMiches MMtiden. durch die gante mncc/l-

r>'che Gattunq,.al8 Urquellederselben, sichergieszt.*{Ges\ ScAr.X, 281s.)

(2). +Dti8>Blut in den Adern des Erlôsers dur/te so. der auszersien An-

'rengnng des Erlôsmng, wollenden* Willen*> zur Rettung, des in; seuien.

ielsïen Racen, ertiegiuide/L menschlichen GescMeehiee^ aie gtHUiohe*

ubiimat derr (matlung- seibèU err*Qos*en sein*. *■ (Ses. Sah*. X, 382.)

4o4 LA DOCTRINK DE LA RÉGÉNÉRATION

Wagner ne se dissimulait pas tout ce qu'il y avait d'hypothétique dans sa théorie physiologique de la régénération. Il se rendrait bien compte qu'un grand nombre de ses vues sur le passé et surtout sur l'avenir de la civilisation étaient non des vérités d'ordre scientifique mais simplement de beaux rêves, des « utopies » (1). Et, de fait, je doute fort qu'aujourd'hui même, où Wagner est si fort « à la mode », il compte sur ce point particulier de sa doctrine un très grand nombre de partisans tout à fait convaincus. Dans tous les cas presque toutes ses thèses ont été contestées, quelques-unes même avec une extrême passion.

Les théories végétariennes que développe Wagner et qu'il emprunte, en général, aux ouvrages de Gleïzès (2) — un aimable et chimérique apôtre du végétarisme qui vécut dans la première moitié de notre siècle — laissent d'ordinaire les hommes de science fort sceptiques. Il est tout au moins douteux que l'homme soit fait pour un régime exclusivement végétal, et tout aussi douteux qu'on puisse, actuellement, l'amener à s'y soumettre. D'ailleurs, en admettant même la possibilité de convertir l'humanité aux doctrines végétariennes et de la déterminer à une émigration en masse vers des climats plus doux, il n'en faudrait pas moins reconnaître que la plupart des thèses historiques soutenues par Wagner sont vraisemblablement fausses. Dès la plus haute antiquité, l'homme semble avoir été Carnivore ; dans tous les cas, les Hindous, végé-

(1) « Phanlasiebild eines Régénérations- Versuches » (Ges. Schr. X% ?43).

(•<£) Les théories végétariennes de Gleïzès, esquissées d'abord dans une brochure intitulée Thalysie ou le Système physique et intellectuel de la Nature (1821) ont été principalement développées dans les trois volumes son ouvrage principal, Thalysie ou V Existence nouvelle (1840-42). WagL a connu cette œuvre par la traduction allemande de R. Sprioger, Berl 1873. (v. Ges. Schr X, 238, note). Sur Gleïzès voir un article d'Esqulr< dans la Rev. des Deux Mondes, l" sept. 1846.

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