LF« CONSERVATISME IDÉAL » DE WAGNER
amélioration de son sort. Cette stabilité à laquelle tend toujours l'État a pour représentant suprême le monarque. Placé par sa naissance et sa situation au-dessus de tous les partis en conflit, il a pour mission d'assurer la continuité de l'association: son devoir est d'établir l'équilibre des forces sociales, et, par suite, de rendre une justice impartiale et stricte ou,quand la justice ne peut-être réalisée, d'exercer la clémence. Comparé à l'individu, isolé ou membre d'un parti, qui poursuit toujours son intérêt particulier, le roi est un être à part, privilégié : trônant en dehors et au-dessus de la mêlée confuse des égolsmes, il incarne un idéal de justice supérieure et d'humanité (i).
Rien de plus différent, en apparence, que le « conservatisme idéal » du Wagner de 1864 et la foi « communiste 1» du Wagner de 1848. Ne nous hâtons pas, toutefois, de conclure, comme on l'a souvent fait, que Wagner a mis de côté ses convictions révolutionnaires le jour où il est devenu l'ami du roi Louis If. En réalité, l'évolution de ses opinions a commencé au lendemain de la crise de 1849 e* a marché parallèlement à l'évolution intellectuelle qui l'a conduit de l'optimisme au pessimisme, puis du pessimisme à la foi dans la régénération. Et de même que sa pensée philosophique a plus varié en apparence qu'en réalité, de même aussi en matière politique, il a plus modifié sa phraséologique que ses convictions elles-mêmes.
De même que Wagner condamne en 1848 le régime de la loi et des contrats, de même en 1864 et plus tard il reconnaît que la civilisation contemporaine est profondément immorale, mensongère, hypocrite, froidement calculatrice, qu'elle est l'organisation légale du meurtre et
)Ge*. Schr. Vllf, 8-10.
4l4 LA DOCTRINE DE hh RÉGÊrHOMmOC^
du vol (1). Ce préten lu « conservateur » est intimement convaincu que la société d'aujourd'hui ne peut dwer attendu qu'il est impossible de faire résulter d'un état d'équilibre de tous les égoïsmes le bonheur de l'buraMÎl6. A quelque point de yue qu'il considère l'organisation politique du monde moderne, il la juge condamnable- Si If on envisage les relations des divers États les un» avec les autres, on les voit lutter égoïstement pour la puissance et s'entre-déchirer tout comme les individus qu'anime le Vouloir-vivre, et sans qu'ils aient,, plus que cewx~cî, la conscience d'un but supérieur en vue duquel ils cherchent à augmenter leur puissance. Comme les volontés, individuelles, les volontés collectives sont en état de guerre perpétuelle les unes avec les autres, et ees conflits stériles entraînent des maux incalculables. Si d'autre part on jette un coup d'oeil sur les relations qui,' da&s chaque Étal, existent entre les diverses classes de la société, on se convainc aussitôt que partout se pose l'inquiétante et insoluble question de la propriété individuelle. La J onction essentielle de l'État est aujourd'hui la sauvegarde de la propriété. Or tous les citoyens ne sont pas propriétaires ; la pluplart d'entre eux, au contraire, ne possèdent absolument rien. L'État qui, en vertu de sa définition mâme, devrait caneilier les intérêts opposés et user de sa puissance dans l'intérêt général de l'association, a donc, par le fait, en tant que garant de la propriété, pour fonction, essentielle de défendre ceux qui possèdent contre ceux qui ne possèdent pas, et de mettre par conséquent sa force au service d'une
(1) <i Wer konn ein Leben long mil offmen Sinnen und freieni Herzm in dièse W'c// des durch Imç, Trug und flouchriei organisirtèn undlcgalisirlen Mordes und B aubes, blicken, ohne zu Zeilen mit schaudervollani Eckel sic H von iht* abwenden tu milssen ». (Ges. Schr. X, 307; voir aussi Ges. Schr. X 233 sb. 240 sa. etc.
(2) Ges. Sch. A', 154.