WAGNER RESTE FIDÈLE A SES IDÉES ESSENTIELLES
minorité (te riches conlrc une majorité de pauvres En raison de cette contradiction intime qu'aucun politicien* si habile qu'il soit» ne peut supprimer» l'État marche presque nécessairement vers la dissolution. Fondé pour sauvegarder l'intérêt égoïste des citoyens, il ne peut pas ne pas garantir la propriété individuelle ; et garantissant la propriété, il ne peut pas la répartir de manière à ce que tous les citoyens aient un intérêt véritable au maintien, de. la propriété et, parsuite^àVexistence de l'État (1). Est-ce à, dire qu'il n'y ait rien à tenter, au point de vue social, pour hâter la régénération ? Wagner ne s'en tient pas à une solution purement négative du problème social Certes il n'en est plus à croire, comme en 1848, que la destruction des foi mes sociales actuelles et l'abolition des lois et det la propriété suffiraient pour Caire régner l'âge d'or parmi les hommes. Il sait à présent que toute agitation politique est nécessairement stérile, que l'ordre social véritable doit, avoir pour fondement non pas «a calcul d'intécêt égoïste,, comme dans l'État moderne, mais l'amour universel, et que, toute réforme, toute révolution est parfaitement vain* si elle- ne s'accompagne pas d'une conversion de» la volonté. Il condamne maintenant avec la dernière sévérité le. démagogue envieux et utilitaire, l'avocat des droits du peuple qui voit dans l'abolition du pouvoir royal la panacée universelle. Il se rend compte aussi à présent, que sa participation au soulèvement de Dresde, en 1849, &vait eu pour cause un malentendu, une confu-
(1) « Wie uieleerhsle und srharfrechnende Kôpfe sich der Unlersuchung des hiermil vorliegenden Problème zugewendel habvn eln* JJming Jt\sselben, endlich etwa durch gleiche Vertheilung ailes Eigenthiims, hat noch Keinem gliïcken wollen, und es scheint wohl, dasz mit dent an sich to einfach dunkenden Pcgrifje des Eiaenthums, durch seine staalliche Verwerthungy dem Leilêd'r Menschheitein Pfahl einqelrieben worden ist, in welchem sie in schmerzlicher Leidenskrankheit àahin sicchen mu&z.* \,Ges. Sehr. X. 267). Voir aussi Ges. Schr. X, 89.
4l6 LA DOCTRINE DE LA BÉGÉNÉIUTION
sion entre la révolution et la régénération. S'il est resté révolutionnaire en ce sens qu'il condamne absolument la civilisation contemporaine, il exècre par contre l'esprit démocratique et égalitaire en qui il voit non pas une manifestation authentique et originale de l'esprit allemand mais une importation française ou juive. Il ne va pas cependant jusqu'à recommander l'abstention complète en matière politique ou à croire que l'initiative de tout progrès social doive venir du roi et de l'aristocratie II reconnaît en effet que le travailleur, ce paria de la civilisation moderne qui produit tous les biens de la terre et ne jouit pas des fruits de son travail, qui est soumis à un labeur abrutissant et en est réduit à chercher dans l'alcool l'oubli de sa misère est pour le moins aussi digne de pitié que Tanimal et doit être protégé tout comme celui-ci. Les associations pour la protection des ouvriers peuvent donc devenir un instrument de régénération — au môme titre que les associations végétariennes, les lignes pour la protection des animaux ou les sociétés de tempérance — si elles proclament bien haut qu'elles ne se bornent pas à prendre en main la défense des intérêts matériels et égoïstes d'une certaine classe de citoyens, mais qu'elles travaillent à la rédemption de l'humanité (1). Le socialisme deviendra bienfaisant dans la mesure où il saura dépouiller tout caractère utilitaire et matérialiste pour s'imprégner de l'esprit religieux et chrétien.
(I) Ges Schr. A', 240 s.