‹ Richard Wagner, poète et penseurChapitre 140 sur 192 · CIUTIQUE DE LA LÉGENDE ANTI WAGNER IENNE · texte numérisé non relu

CIUTIQUE DE LA LÉGENDE ANTI WAGNER IENNE

mand au meilleur et au pire sens du mot, quelque chose de complexe, d'informe, d'inépuisable à la mode allemande ; c'est une certaine puissance proprement allemande, une plénitude débordante de l'âme qui n'a pas peur de* se cacher sous les raffinements de la décadence — qui peutêtre ne se sent vraiment à l'aise que là ; une image fidèle . et authentique de l'âme allemande, à la fois jeune et vieillotte, à la fois plus que mûre et trop riche d'avenir. Ce genre de musique est l'expression la plus exacte de ce que je pense des Allemands : ils sont d'avant-hier' et d'après-demain, — ils n'ont pas encore d'aujourd'hui. » (i ) Il est à peine besoin de dire quelle est celle des deux légendes que je viens d'exposer qui me paraît avoir le plus de valeur objective. 11 saute aux yeux, en effet, que si de mon étude en général purement descriptive, on veut tirer un jugement critique, ce jugement sera, sur la plupart des points essentiels, la confirmation de la légende favorable à Wagner. Mais tout en tenant Wagner pour un génie authentique, je suis très éloigné d'admettre, comme le font souvent les wagnériens, que la légende antiwagnérienne soit tout simplement le produit de l'ignorance et de la sottise alliées à la mauvaise foi et à l'envie impuissante. Que parmi les innombrables ennemis de Wagner un certain nombre aient été poussés par des mobiles assez peu relevés, c'est très vraisemblable à priori, mais médiocrement intéressant à rechercher dans lo^ détail; et j'estime qu'aujourd'hui surtout l'importance de pareils adversaires est absolument négligeable. La vraie cause de la légende antiwagnérienne doit être cherchée ailleurs, elle est, selon nous, dans l'état de division profonde de la société moderne où subsistent des divergences

Nietzsche, Wrrkv, 17/, 204. " '"

essentielles et irréductibles au sujet des principes fondamentaux de la vie sociale et de l'art. Wagner est le représentant de quelques-unes des tendances î?,s plus importantes de l'esprit contemporain : quoi d'étonnant, dès 'c**s, s'il est combattu par les ennemis de ;es *-endance3 *vej un acharnement d'autant plus, grand qu'il est, en rais-jn même de son génie et de sa puissance de séduction, :m adversaire plus dangereux. La plupart des attaques lancées aujourd'hui contre Wagner sont moins dirigées contre ce qu'il y a en lui d'individuel, contre la valeur intrinsèque de son œuvre ,de poète et de penseur, que ?ontre certaines idées générales qu'il incarne : elles impliquent, chez Jeurs auteurs, des théories sociales, morales ou esthétiques qui sont la négation de celles de Wagner. Un positiviste comme Nordau, un individualiste comme Nietzsche doivent nécessairement, s'ils sont convaincus et militants, attaquer Wagner en vertu même de leurs convictions et quelle que soit, d'ailleurs, la valeur individuelle.de Wagner considéré « en soi », abstraction faite des opinions générales dont il est le porte-parole. Examinons à ce point de vue la légende antiwagnérienne et voyons ce qu'elle signifie.

Wagner, nous dit-on d'abord, est un « décadent » ; et on prétend le démontrer par deux arguments principaux : le premier, c'est qu'il est un « comédien » atteint de folie des grandeurs et habile à exciter des émotions malsaines : le second, c'est qu'il est un « mystique ». Que valent ces arguments ?

Le premier grief me paraît avoir une importance médiocre bien qu'il soit très souvent allégué contre Wagner. Que veut-on dire quand on lui reproche d'être « comédien » ? Lui reproche-t-on d'avoir mis au premier plan de ses pri cupations non la vérité en soi mais l'effet dramatique à p

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