‹ Richard Wagner, poète et penseurChapitre 24 sur 192 · CRITIQUE DB L'OPÉRA HISTORIQUE · texte numérisé non relu

CRITIQUE DB L'OPÉRA HISTORIQUE

selon les époques et selon la mode peut être exposé par la parole et compris par la raison; il est impossible par contre de le rendre immédiatement sensible au cœur par la musique. L'auteur d'un opéra historique se trouve donc pris entre deux nécessités également fâcheuses : d'une part, il lui faut éliminer le plus possible tout l'élément contingent, mais alors l'intérêt historique risque de s'évaporer; cPautre part, s'il veut conserver à son œuvre un cachet historique, il est obligé d'y introduire de longs passages où les paroles seules importent et ne demandent pour être pleinement comprises aucun accompagnement musical; mais alors si le compositeur s'obstine malgré tout à les mettre en musique, cette musique n'a plus avec l'action et les paroles aucun lien nécessaire ; elle n'est qu'un ornement postiche, surajouté au texte qui pouvait parfaitement se suffire à lui-même.

Toutes ces objections au genre même de l'opéra historique, que Wagner formulait en i85o dans ses écrits théoriques, il va sans dire qu'il ne les concevait pas encore en i838, au moment où il écrivait Bienzi. À cette date, il était heureux d'avoir mis sur pied un « grand opéra » qu'il estimait être pour le moins aussi beau que ceux qui avaient été applaudis, à Paris les années précédentes. Et lorsqu'en 1839 il fut chassé de son poste de chef d'orchestre, par suite des intrigues d'un ami peu scrupuleux qui aspirait à sa succession, il quitta Riga sans le moindre regret, pauvre d'argent, mais le cœur gonflé d'espoir, et s'embarqua pour Paris, où, grâce à son Bienzi , il espérait trouver gloire et richesse.

Wagner à Paris*

Dans une nouvelle faisant *«ite au Pèlerinage ehêt Beethoven et intitulée La fin d'un musicien étranger à Parié x Wagner * raconté aoue une fortfie humoristique et en y ajoutant un dénouement tragique se» proprea expériences parisiennes, Il noua présenté d'abord 4én hêrôê, lé jeune musicien allemand, fraîchement débarqué h Pari» ; il était habillé à la mode dé province, escorté d'un magnifique Terre-neuve ; son cœur compatissant plaignait lés pauvres chevaux de fiacre quf, roués dé coups, glissaient sur le pavé gras < et il ne s'irritait jamais quand un gamin le bousculait sur un trottoir étroit et le faisait choir dans le ruisseau. * Malheureusement pour lui, il Avait une conscience artistique délicate, 11 était ambitieux mais san9 talent ponr Tlntrigtie ; et dans sa jeunesse il aVàît vu un* foie Beethoven, fco qui lui avait tourné la tété à tel point qu'il était impossible qu'il sût faire son chemin k Paris * ; ce naïf enthousiaste était venu tenter fortuné à Parte, flvee des opéras sérieu* et comique*, de* partitions de musique instrumentale, des romances, -*• mais sans argent et dans recommandations, comptant, pour triompher, Sttf son talent, sur les virtuoses qui chanteraient ses romancés dans les salons, sur les directeurs de concerts et de théâtres qui s'empresseraient de soumettre ses œuvres au public, sur presse impartiale et incorruptible qui ferait connaître ps tout son nom. Naturellement les désillusions ne se fo

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