‹ Richard Wagner, poète et penseurChapitre 50 sur 192 · WAGNER EN EXIL · texte numérisé non relu

WAGNER EN EXIL

Premières années d'exil

La crise du mois de mai 1 849, qui mettait brusquement) fin à l'apostolat politique de Wagner, bouleversa de fond en comble son existence extérieure. Après avoir été pendant plus de six ans fonctionnaire royal, après avoir occupé une situation sociale qui le mettait en évidence parmi ses concitoyens et qui lui assurait une existence, sinon large, du moins fort décente, il se trouvait brusquement libre de toute obligation et de toute entrave, mais proscrit, sans feu ni lieu, sans argent, sans gagne-pain, incertain du lendemain, obligé de compter, pour vivre, sur la générosité de ses amis, tant qu'il n'aurait pas trouvé le moyen de se créer de nouvelles ressources. Dans le premier moment toutefois, il s'affecta peu de ce que sa position avait de précaire. Bien loin de regretter le passé, il se sentit heureux, au contraire, de n'être plus Kapellmeisler, et, comme soulagé d'un poids immense en se voyant délivré, par cette soudaine catastrophe, de toutes les misères et de toutes les vexations qui lui avaient, au cours des der-

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nières années, rendu le séjour de Dresde presque intolérable. « Quand proscrit, persécuté, je ne fus plus tenu à aucun ménagement, à aucun mensonge ; quand j'eus rejeté loin de moi tous les désirs, toutes les espérances qui me rattachaient à ce monde maintenant victorieux; quand je pus lui crier bien haut et sans ambages, à ce monde hypocritement soucieux d'art et de culture, que moi, l'artiste, je le méprisais du plus profond de mon cœur ; quand je pus lui dire que dans ses veines ne coulait pas une goutte de sang artistique, que son cœur ne battrait jamais d'un sentiment vraiment humain, que de tout son être ne s'exhalerait jamais un parfum de véritable beauté ; — alors, pour la première fois de ma vie, je me sentis pleinement libre, sain et joyeux, tout en ne sachant pas où je trouverais, le lendemain, un asile où je pourrais respirer l'air du ciel (1). »

Continuer à faire de lapolflique active, Wagner n'y songea pas un instant. Il n'avait jamais cessé de considérer sa mission artistique comme le but unique de son existence. La révolution de Dresde ne l'avait intéressé temporairement que parce qu'il y avait vu le prélude de cette régénération spirituelle qu'il jugeait nécessaire au libre épanouissement de l'art dans la société moderne. Lorsque les faits lui eurent démontré brutalement qu'il s'était trompé «n attribuant une importance démesurée à la crise politique dont il avait été témoin, il se désintéressa aussitôt de toute espèce de politique militante pour se confiner uniquement dans sa tâche d'artiste. Et considérée sous cet angle, sa participation à l'émeute de Dresde lui apparut bientôt comme un incident si fortuit, si dépourvu de toute importance réelle, qu'il fut tenté à tout instant d'oublier

{i\ a** s*hr IV. 334; cf. Lettres à ROckel, 3: à Fischer. 285. cte,

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