‹ Richard Wagner, poète et penseurChapitre 51 sur 192 · ÉTAT D'ESPRIT DE WAGNER · texte numérisé non relu

ÉTAT D'ESPRIT DE WAGNER

situation de proscrit politique. Un mois aprè9 son exode, il priait Liszt de suggérer à la grande duchesse de Weimar, au duc de Cobourg et à la princesse de Prusse de s'associer pour lui servir une pension qui lui permît de travailler en paix à ses drames musicaux. Le lendemain, d'ailleurs, s'apercevant à la réflexion que celte démarche présenterait sans doute quelques difficultés, il récrivait à Liszt : « Est-il besoin d'assurer qu'instruit par mes récentes expériences de Dresde, il est tout à fait impossible que je me laisse jamais entraîner à nouveau dans une affaire politique? Cela tombe sous le sens ! » Et Liszt eut toutes les peines du inonde è lui faire comprendre qu'il n'était pas très diplomatique de frapper à des portes qu'on avait voulu fracturer, et que la « ligue des princes » rêvée par son ami était du domaine de la pure mythologie (1). La conduite de Wagner devint d'ailleurs tout à fait correcte. A Zurich où il resta fixé pendant plusieurs années, il évita tout contact avec les réfugiés politiques allemands. Il correspondait, il est vrai, activement avec Rockel, détenu au château de Waldheim ; mais dans ses lettres il s'abstenait tout naturellement déparier politique et entretenait le prisonnier de ses idées philosophiques ou de ses projets artistiques. Il ne reniait rien de son passé, mais évitait, selon le conseil de Liszt, « les lieux communs politiques et le galimatias socialiste » (2).

« Dans tout ce que je fais, dans tout ce que je médite, écrit Wagner à cette époque, je suis uniquement artiste, encore et toujours artiste (3). » Le sentiment qui, désormais, le rattache à l'existence et lui donne la force 4q continuer à lutter, c'est « l'irrésistible désir d'achever une

(1) Lettres à Liszt, J, p. 25, 26 8., 43, 43.

(2) Ibid., /, 30 cf. 37.

(3) Ibid., /, 41; cf. lettres à Rockel p. 69, etc.

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