‹ Richard Wagner, poète et penseurChapitre 54 sur 192 · I76 PREMIÈRES ANNÉES" D'EXIL · texte numérisé non relu

I76 PREMIÈRES ANNÉES" D'EXIL

l'impuissance artistique de l'époque actuelle. Il faut d'à bord déblayer le terrain ; alors seulement, au sein d'ur monde régénéré, pourra de nouveau fleurir le grand art, impossible aujourd'hui au sein d'un monde égoïste et corrompu.

Mais Wagner ne se borne pas, dans ses ouvrages théoriques, à nier et à détruire. 11 indique aussi avec beaucoup de netteté quels doivent être les' caractères de l'œuvre d'art future. A ce point de vue, ses œuvres nous apparaissent moins comme un acte de propagande que comme une sorte de monologue de l'artiste avec lui-même. Sans doute, lorsqu'il formulait les lois du drame musical, il entrait bien dans sa pensée d'éclairer le public sur ses véritables tendances si obstinément méconnues ou travesties par la critique; mais, au fond, il écrivait plus encore pour luimême que pour les autres. Le but essentiel qu'il poursuivait en composant ses théories dramatiques, c'était de se contraindre lui-même à un effort de réflexion, de s'obliger à prendre réellement conscience de ses procédés de composition et de ses idées artistiques. Jusqu'en 1849 il avait été artiste spontané et à demi conscient seulement ; il s'était laissé guider dans le choix de ses sujets et dans la manière de les traiter presque uniquement par cet instinct créateur qu'il portait en lui et qui le dirigeait d'ailleurs avec une admirable sûreté. Maintenant il éprouvait le besoin d'associer la réflexion à l'instinct dans l'acte de la création artistique. Gœthe compare le poète spontané à un somnambule qui, dans son rêve lucide, suit son chemin avec une admirable sûreté et franchit sans difficulté des passages périlleux devant lesquels il reculerait s'il était éveillé. Doué comme Gœthe de ce génie intuitif de l'artiste, Wagner ressentit, comme lui, un impérieux désir de clarté. Et, tout en continuant à regarder, comme

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