‹ Richard Wagner, poète et penseurChapitre 58 sur 192 · IDÉES PHILOSOPHIQUES DE WAGNER · texte numérisé non relu

IDÉES PHILOSOPHIQUES DE WAGNER

pas la volonté du peuple, des « égoïstes » dont l'instinct naturel est étouffé par des besoins artificiels, par des appétits de luxe insatiables et tyranniques mais qui n'ont pas l'élémentaire et irrésistible puissance des besoins naturels. L'issue de ce conflit entre le « peuple » et les « égoïstes » ne saurait, d'ailleurs, être douteuse. L'instinct populaire fondé sur la nécessité, loi suprême de l'univers, est seul vrai, et par suite invincible, fatalement victorieux. Par le triomphe du peuple enfin, l'individu, cause initiale de tout ce mouvement, voit son besoin satisfait. Il trouve son bonheur particulier dans le bonheur général de la société (1). Or l'humanité arrive précisément à un de ces tournants décisifs de l'histoire ; eHe est à la veille d'une révolution causée par le soulèvement du « peuple » contre une société fondée sur l'égoïsme. La civilisation moderne est devenue en effet pour l'humanité un intolérable fardeau. Le christianisme, en développant un individualisme exagéré et surtout en prêchant le mépris de la vie matérielle, a favorisé l'avènement d'un état social déplorable. Il a divisé les hommes en deux classes. Les uns ont cru de bonne foi à l'utopie chrétienne ; ils ont concentré toutes leurs pensées sur la vie future et accepté volontairement une existence terrestre misérable ; les autres ont exploité, au profit de leur égoïsme, l'humilité et le renoncement pratiqués par les vrais chrétiens, pour se créer une armée d'esclaves : ils tiennent les prolétaires sous leur dépendance par loi d'ai-

(1) « Das Volk ist der Inbegriff aller Derjenigen, welche eine gemeinsame Noth empfindrn. lu ihm gehôren aile Diejenigen, welche ihre eigeneNoth al* eine gemeinschaftliche erkeunen, oder sie in einergemeinschaftlichen begrûndet findan; somit aile Diejenigen welche die Stillung ihrer Noth nur in der Stillung einer gemeinsamen Noth verho/fen diirfen und demnach ihre gesammte Lebenskraft au f die Stillung ihrer als gemeinsam erkannten Noth verwenden; denn nur die Noth, welch zum ALXiszersten Ireibl, ist die wahre Noth.... Nur das Volk handelt naa Nothwendigkeit, daher unwiderstehlich, siegreich und einzig tcaAr. (Ges. Schr. ///, 48. Voir aussi Entwurfe, p. 19 ss.)

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