L OPTIMISME DE WAGNER
Ce n'est pas là, évidemment, une théorie proprement pessimiste de l'univers ; l'homme doit, en effet, selon Wagner, se détacher de l'existence et accepter la mort non par lassitude et dégoût de la vie, mais par satiété, parce qu'il estime avoir achevé son rôle ici-bas (1) ; la mort n'est pas un bien en soi comme l'enseignent le christianisme et la philosophie de Schopenhauer, mais simplement la conclu* sion naturelle et normale de la vie qui est le seul bien positif. Toujours est-il que, pratiquement, le héros optimiste de Wagner doit arriver, au terme de son existence, à abdiquer la .volonté de vivre, exactement comme le pessimiste qui a pris conscience de la souffrance universelle, ou le chrétien qui s'est convaincu de la vanité des biens de ce monde. Nous verrons tout à l'heure que Wotan dans Y Anneau de Nibelung finit par souhaiter l'anéantissement tout comme le Hollandais maudit, Tannhâuser ou Tristan, quoique pour d'autres raisons. De sorte qu'en définitive, s'il est vrai, comme nous croyons l'avoir montré, que Wagner fait dans ses premières œuvres une part à la joie de vivre, il ne cesse pas, à l'époque où il professe l'opti- -mismeet crée la radieuse figure du jeune Siegfried, de sentir avec la même intensité la mélancolique beauté du renoncement.
De même, entre le Wagner « chrétien » d'avant 1848 et le Wagner « athée » d'après 1848, il n'y a pas le contraste violent et absolu qu'on pourrait croire. Considérons d'abord qu'avant 1848 Wagner était plutôt religieux que
(1) Conformément à cette théorie, Wagper écrivait à son ami Uhlig la
26 mare 1850: « Sterbeichfriïh,sohabe ichganz aewisz gethan und pe*
ixtet gekabt was ich thun und leisten konnte. aenn nur das kann ich
Ibringen, was meiner Natur môglichist : zehrt sie sich endlich auf%
hal sie geleislet, was sie konnte, und was sie nie leisten konnte, wenn
so sich endlich nicht selbst verzehrte.
iAUq: — ich bln gl&olOich. .» (P. 41).