‹ Richard Wagner, poète et penseurChapitre 61 sur 192 · I98 IDÉES PHILOSOPHIQUES DE WAGNER · texte numérisé non relu

I98 IDÉES PHILOSOPHIQUES DE WAGNER

spécifiquement chrétien. II croyait de toute son âme « que Funivers a un sens moral » (1) ; il était animé de la conviction profonde que l'homme n'accomplit sa destinée et ne trouve le vrai bonheur que s'il tend sans cesse^vers l'idéal, sans jamais se laisser détourner de sa voie par les jouissances matérielles et les satisfactions vulgaires que présente la vie moderne. Et il voyait dans la doctrine chrétienne un symbole admirable de cette foi religieuse, sans qu'il se sentît d'ailleurs tenu de croire strictement et à la lettre tous les dogmes positifs érigés en règle de foi par les diverses confessions chrétiennes. Or, les événements de 1848 n'entament en rien sa foi dans l'idéal, son mépris absolu pour les jouissances vulgaires qu'offre le monde actuel. Ce qui a changé, c'est l'idée que Wagner se fait du contenu de sa foi ; le christianisme ne lui paraît plus un symbole propre à exprimer ce contenu, et il écrit sur le rôle historique du christianisme des pages que lui-même jugera plus tard injustes. Mais ses sentiments eux-mêmes n'ont pas varié. La plus belle preuve en faveur de cette assertion se trouve dans sa correspondance avec Liszt» En réponse à une lettre désespérée de Wagner dans laquelle il lui peignait son dégoût profond pour la vie qui lui était faite et les idées de suicide qui le hantaient, Liszt avait écrit à son ami; « Ta grandeur fait aussi ta misère; — toutes deux sont indissolublement liées et causeront ton tourment et ton martyre... jusqu'au jour où, tombant à genoux, tu les laisseras l'une et l'autre s'anéantir dans

la foi i

Laisse-toi convertir à la foi Il est un bonheur...

(i) Die Anerkennunq einer moralischen Bedeutung de* Welt ist dî' Krone aller Erkennlnis, écrira Wagner sur là fin de sa vie(Ges.Schr. 2 -60), et cette définition du sentiment religieux tel qu'il le couçoit est vra.4 pour sa vie entière.

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