LA LÉGENDE ROMAINE
lungen, car elle met en présence l'idée franque avec une autre foice historique d'origine analogue, l'idée romaine.
La légende romaine nous montre, elle aussi, un peuple aspirant à une domination universelle ; mais cette domination est spirituelle, intérieure ; elle doit s'exercer non sur les corps mais sur les âmes. Elle a pour ressort principal une tradition religieuse enseignant l'effort, le renoncement, l'affranchissement de l'âme humaine par la victoire sur les passions égoïstes et animales. Cette tradition apparaît d'abord personnifiée dans le ponlifex maximus de l'ancienne Rome. Ensuite l'idée romaine, déviée de son sens primitif et interprétée dans un esprit matérialiste, se montre réalisée en la personne de Jules César qui n'est pas seulement le Souverain Pontife dominateur des âmes, mais avant tout l'Empereur maître suprême de l'Univers. Enfin, •eprès la chute de l'empire visible et matériel de Rome, la vieille tradition religieuse, restaurée dans sa pureté primitive par le christianisme, s'incarne dans le Pape, chef spirituel de l'Église universelle. — On voit donc toute l'importance delà rencontre de Charlemagne et du Pape : elle mettait en présence l'héritier légitime, de par le droit du sang, de la royauté primitive, et le Souverain Pontife dépositaire, non en vertu de l'hérédité, mais par transmission mystique de l'autorité religieuse la plus ancienne. Le Prêtre et le Roi, unis jadis dans la personne du chef suprême des Aryas, puis séparés au cours des siècles, se rejoignaient enfin et concluaient entre eux une alliance éternelle.
Cette union entre le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel fut courte. Bientôt la guerre s'alluma entre les représentants de l'autorité religieuse et les successeurs de Charlemagne choisis presque toujours dans la famille
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royale des Francs-Nibelungen et héritiers, par suite, du rêve ambitieux de cette race. Ce fut la grande querelle des Guelfes et Gibelins, ou, comme disaient lès Allemands, des Wclfen et des Vfibelungen ou Nibelungen (1). Voyont les causés de cette lutte mémorable.
Jusqu'à l'époque de Charlemagne, l'Empire ou, pour parler en style mythique, le Trésor des Nibelungen, avait été conçu à la fois comme une réalité matérielle et comme une idée. Comme une réalité : car les descendants de Siegfried aspiraient à la possession réelle de l'univers ; comme une idée : car ils fondaient leurs prétentions sur leur naissance qui faisait d'eux les héritiers légitimes de l'antique Roi-Prétre' des Aryas. Or, après Charlemagne, l'empire tend de plus en plus à être conçu non plus comme une réalité, mais comme une idée. Dans la réalité en effet, la race franque ne domine pas l'univers, et l'Empereur n'exerce plus un pouvoir effectif sur toute l'Europe, ni même sur toute l'Allemagne. Aussi l'empire est-il peu à peu conçu comme un pouvoir spirituel, indépendant de la possession réelle. Les rois et les princes sont les possesseurs effectifs de la réalité sous l'hégémonie de l'Empereur en qui réside l'autorité suprême et de qui émane toute autorité. Mais, tandis que l'Empereur prétendait spiritualiser en quelque sorte son pouvoir, le Pape, inversement, pour affermir sa domination sur les consciences, cherchait à joindre un pouvoir effectif à son autorité spirituelle, à matérialiser ainsi son pouvoir. L'idée franque et l'idée romaine tendaient ainsi à devenir identiques. Une collision était inévitable. Le Pape, représentant de Dieu sur la terre, se disait supérieur à l'Empereur comme
(4) Pour Wagner en effet le oom de Wibelwigen n'est auto chose Que l'ancien nom do Nibelungen dont l'N s'est changé en W pour allitérer at 00 U W initial de Welfen.