‹ Richard Wagner, poète et penseurChapitre 75 sur 192 · QUERELLE DES GUELFES ET DES GIBELINS · texte numérisé non relu

QUERELLE DES GUELFES ET DES GIBELINS

*âme est supérieure au corps. L'Empereur de son côté revendiquait, en sa qualité de descendant légitime du chef des Aryas, la double autorité de Roi et de Prêtre, et considérait le Pape comme son vicaire spirituel. Frédéric Barberousse est, selon Wagner, le représentant par excellence du rêve impérial sous cette forme nouvelle. L'ancêtre de l'Empereur — telle était sa doctrine — est le Fils de Dieu que les Allemands nomment Siegfried et les autres. peuples Jésus-Christ, et qui, pour le plus grand bien des hommes, a accompli un acte héroïque entre tous et, pour cet acte, a subi la mort. Ses héritiers sont les Nibelungen ou Francs, souverains-nés de tous les peuples de l'univers et dont le chef, l'Empereur, est le maître légitime du monde. Toute possession doit être légitimée par lui sous peine de n'être qu'un vol. En Allemagne, l'Empereur dispense lui-même les fiefs ; dans les autres pays, les Rois et les Princes sont ses vicaires et tiennent de lui leur autorité. Enfin l'Empereur, qui est également Souverain Pontife, délègue sa souveraineté spirituelle au Pape, le plus important de ses dignitaires, qui, au nom de l'Empereur et sous sa surveillance, exerce pour le bien et la paix des peuples l'autorité suprême en matière de religion sur toutes les nations de la terre.

Barberousse vit s'élever contre ses prétentions trois adversaires : les princes allemands au nom de leur intérêt égoïste, le Pape au nom de la souveraineté de l'esprit sur la matière, les villes lombardes au nom de l'idée de liberté. Devant cette opposition formidable qui triomphe à la bataille de Legnano, Barberousse se réconcilie avec le Pape, écrase la révolte des seigneurs allemands, proclame enfin la liberté des cités lombardes. Alors, libre de ses mouvements, il marche vers l'Orient, à la conquête de la Palestine et du saint Graal.

256 l'anneau du nibeluno

Nous arrivons ainsi à la dernière phase de révolution de Tidée franque. L'Empire à la fois réel et idéal de Charlemagne s'est entièrement spirilualisé avec Barberousse. Le trésor des Nibelungen est devenu la Coupe du saint Graal (i).

Des traditions merveilleuses rapportaient qu'au fond de l'Inde, en un pays splendide, vivaient un Roi-Prètre et son peuple, voués au culte d'une sainte relique, fertile en miracles, que la légende nommait le saint Graal, et dont la vue conférait à ses gardiens l'immortalité au sein d'une souveraine félicité. C'est là que Barberousse rêvait de retrouver la souveraineté religieuse, exploitée à Rome par des prêtres ambitieux. Il se rend en Palestine pour délivrer le Saint-Siège, il défait les Sarrasins; déjà il n'est plus séparé de la terre promise que par un fleuve ; dans son impatience il s'y jette à cheval sans attendre qu'on ait construit un pont. Il disparaît dans les flots : nul, depuis, ne Ta revu. Et à partir de ce moment, un ardent désir s'empare de la chrétienté : elle rêve de retrouver, par-delà la Rome pontificale, la terre authentique du Salut, Jérusalem, le tombeau du Sauveur, — et plus loin, dans l'Orient mystérieux,^ le berceau légendaire de la race blanche...

(1) Wagner a pu trouver cette idée dans G&tlling, Nibel. u. Gibel.,?. 5 as. Pour Uottiing, l'idéal héroïque, dans la conscience germanique, passe par trois phases successives: d'abord les héros sont conçus comme agissant avec le concours des vieux dieux païens ; puis les héros sont regardés comme indépendants; enfin vient l'époque de la chevalerie chrétienne. Les deux premières phases de ce développement apparaissent dans la légende du trésor des Nibelungen, la trois ème dans celle du Graal. « Da erwacht in den Ztlgen des groszen Karl gegen die Sarazenen die Ahnung eines neuen Rilïergeisles: bisendlich wieder ein Hort, aber ein uncergânolicher, mm HeUenthum tritt und die letzte Zeit bildet fur das Heldengedicht. Im heiligen Gral... erkennen Titurel und aile die reinen Uûler desselben ihr ewiges Ziel ; die Rillerscha/t làszt Gut und Blut fur dièse Ueberzeugungt fur Gotl und das Ueilig&te. In dieser Betiehung ist der heilige Gralder oerkldrte Nibelungenhôrl.und beide bilden die schônste forlschreilende lleldenei'ziehung, wie siekein anderes Volk aufiuweisen hat in den Werken des Vichtei-geistes, als miser teutsches. » (P. 7 s.)

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