‹ Richard Wagner, poète et penseurChapitre 98 sur 192 · LE GÉN"? SPONTANÉ : WALTHER DE STOLZING · texte numérisé non relu

LE GÉN"? SPONTANÉ : WALTHER DE STOLZING

récole des Maîtres Chanteurs déchaînés contre lui, se soumet sans résistance à l'autorité très douce mais très ferme de Hans Sachs, et se laisse guider docilement par .cet ami en qui il devine instinctivement une sagesse bien supérieure à la sienne.

En face de Walther qui représente l'instinct, les Maîtres Chanteurs sont les défenseurs respectables mais bornes de la règle, de la convention, de la tradition. Ils sont pour la plupart de braves bourgeois vertueux, honorables et médiocres. Parfois leur sottise va jusqu'à la méchanceté. Le greffier municipal Sixtus Beckmesser n'est pas seulement le plus fieffé pédant de Nuremberg, mais, de plus, un intrigant vil et malhonnête. Ce vieux garçon prétentieux et sot est un personnage influent, qui a pignon sur rue, qui s'est faufilé dans le Conseil, qui dans la corporation des Maîtres Chanteurs, occupe le poste envié et délicat de Merker, c'est-à-dire de critique chargé de marquer à la craie sur un tableau noir les infractions aux règles sacrosaintes delà « tabulature » que laissent échapper les chanteurs. Il n'en est pas moins un plat coquin, animé toujours des sentiments les plus bas et les plus vulgaires. Il prétend, malgré ses cinquante ans, à la main d'Éva dont il convoite la grosse dot, et comme il a moins de confiance dans ses dons personnels de séduction que dans son talent de Maître Chanteur, il regrette que Pogner ait laissé à sa fille le droit de refuser le vainqueur du concours poétique s'il lui déplaisait, et voudrait le persuader d'user de son autorité pour contraindre la pauvrette à épouser coûte que coûte le triomphateur. Il ressent la plus ignoble jalousie à l'égard de ceux qu'il considère comme des compétiteurs possibles à la main d'Éva, surtout contre Hans Sachs et Walther. Tous les moyens lui semblent bons pour arriver à *es fins ; il n'éorouve môme pas de scrupules à voler sur la

table de Hans Sachs une poésie fraîchement écrite et que le greffier croyait composée par le cordonnier-poète poui briguer au concours la main d'Éva. « Je n'ai encore rencontré personne d'aussi complètement méchant » dit de .lui Hans Sachfe. Et de fait Beckmesser serait parfaitement odieux et révoltant s'il n'était plus bête et plus grotesque encore que méchant, et si Ton ne devinait aussitôt, à le voir et à l'entendre, que sa suffisance et sa sottise l'empêcheront finalement de réussir dans ses projets indélicats. Mais Beckmesser est une exception parmi les Maîtres Chanteurs. Ils sont presque tous des hommes de tout point honorables, un peu infatués d'euxmêmes, aimant leurs aises, hostiles à toute nouveauté qui les dérange dans leurs habitudes, n'entendant rien à la poésie qui leur paraît un métier comme tous les autres et dont ils se croient, avec une candeur presque touchante mais très ridicule, les représentants attitrés sur terre. A leur tête brille l'orfèvre Pogner, brave et digne homme s'il en fut, très sincèrement épris de son art, puisqu'il offre de bon cœur sa fille et ses richesses au meilleur des Maîtres Chanteurs ; un peu vain peut-être, car s'il a institué ce tournoi poétique, c'est bien au fond par gloriole, pour montrer que les bourgeois ne sont pas tous des grippesous et qu'ils savent à l'occasion rivaliser de générosité avec les grands seigneurs ; — au demeurant, excellent père, car il ne souhaite en définitive rien tant que le bonheur de sa fille et serait désolé si, par sa faute, !a pauvre Éva se voyait obligée d'épouser un prétendant qui ne lui convint pas ou de rester fille. Tout au fond de lui-mAme, Pogner n'est pas très fier de sa grande idée quand il voit Walther de Stolzing, qui lui plairait comme gendre, repoussé par les Maîtres Chanteurs, et quand il se rend compte qu'il faudra peut-être

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