‹ Richard Wagner, sa vie et ses œuvresChapitre 27 sur 35 · IV. — Parsifal · texte numérisé non relu

IV. — Parsifal

Lorsque nous lisons dans Lessing : « Éveiller la pitié, voilà le seul dessein de la scène tragique », nous pouvons bien être tentés de désigner Parsifal comme le drame des drames. D'un bout à l'autre de celte

LES ŒUVRES d'aRT 337

œuvre, nous nous trouvons en présence de la douleur et de la souffrance. C'est, d'abord, le roi Amfortas que « la cruelle maladie condamne àTinsomnie », qui soupire après le bain bienfaisant qui en émoussera l'aiguillon ; on l'apporte sur une civière, touchante image de l'épuisement qui suit « une fiévreuse nuit de tortures ». Puis, dans la seconde scène, nous apprenons de sa bouche que « la blessure et les maux implacables » qui en résultent ne sont que peu de chose auprès de a l'angoisse, de l'enfer de souffrance j> auxquelles son âme est en proie, et, en termes faits pour nous émouvoir, il crie à Dieu :

Pitié I Miséricorde I Toi, le miséricordieux, ohl pitié !

Mais ce n'est pas seulement le « coupable gardien de Graal » qui souffre, mais tous avec lui, les bons comme les méchants, les pécheurs comme les innocents : plaintive, la voix de Titurel s'élève de sa tombe; plaintif aussi, l'appel de Kundry : « Pitié ! pitié pour moi ! » et Klingsor crie, lamentable et furieux, son « angoisse horrible ! » Dans la personne de Gurnemanz comme dans ses récits, nous voyons dépérir « toute la chevalerie, sans force et sans guide », et nous entendons retentir sa plainte encore : « Malheur ! malheur ! gardiens du Graal ! » Cependant, par là, la malédiction de la souffrance s'étend au monde entier, « car, quand le péril appelle le secours », les templiers ne peuvent plus, « pâles, misérables et chancelants qu'ils sont », courir à l'aide des croyants, des bons et des opprimés... Et c'est ainsi que la plainte semble pénétrer la nature entière; jusqu'aux innocentes filles-fleurs, au moment où elles apparaissent, gémissent : « Malheur I

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