‹ Riche et pauvreChapitre 7 sur 8 · IUCUE ET 1* AU VUE · texte numérisé non relu

IUCUE ET 1* AU VUE

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avec un ami. Surtout, Monsieur, ne livrez point Antoine à lui-même. Quelque indigne que je sois de l’affection de ce noble cœur, je sais combien il m’aime, et j’ai peur de son désespoir. Je vous le donne en garde ; songez que vous en restez responsable devant Dieu.

a Et si la reconnaissance d’une infortunée qui cherche à se faire pardonner sa vie par sa mort peut avoir quelque prix à vos yeux, recevez d’avance mes remerciements et soyez béni pour tout ce que vous épargnerez de souffrance à Antoine.

Louise. »

. A ANTOINE LAliRY.

« Antoine, quand vous arriverez ici, vous ne m’y trouverez plus : je n’aurais pu soutenir votre présence, et je me suis réfugiée dans le seul asile qui me restât.

a J’en aimais un autre que vous, et cet autre ne m’aimait pas. Ce seul mot vous expliquera tout. Malheureuse par le cœur et coupable envers vous, je ne me suis pas senti la force de vivre. Je déplore le chagrin que je vais vous causer, mais je pense avec quelque satisfaction que ce sera le dernier, et qu’il en prévient peut-être beaucoup d’autres. J’étais un mauvais élément dans votre vie, Antoine! Trop petite pour vous, je vous tenais courbé à ma taille. Votre générosité vous avait fait aimer ma faiblesse etmafragilité, maiselles auraient arrêté votre marche ; j’aurais toujours été pour vous un obstacle, jamais

une source de bonheur. Dieu a été sage et bon. Il retire de votre chemin le grain de sable qui vous eût arrêté ; comprenez ses desseins et remerciez-le.

« Vous allez être libre et dans de meilleures conditions que par le passé pour parcourir l’existence. Vous n’ôtes plus pauvre, vous n’êtes plus sans moyens de réussite ; marchez devant vous maintenant. Une pensée qui me console, c’est que j’ai aidé à vous faire avancer en me montrant quelque temps à vous comme un but. J’aurai été un de ces mirages que le voyageur aperçoit à l’horizon, et vers lequel il court : en approchant, tout s’évanouit ; mais ce mensonge a soutenu ses forces, hâté ses pas, et, grâce à lui, peut-être il arrivera, plus vite au terme véritable.

« C’est seulement depuis votre départ que j’ai compris tout ce que je vous dois. Maintenant j’ai honte de vous avoir méconnu si longtemps. Oh ! si j’avais su me hausser jusqu’à votre âme et y lire ! Mais je n’étais pas assez noble pour vous aimer ! Non, Antoine, la main de Dieu s’est encore montrée là; il n’a point voulu qu’une femme vulgaire jouît d’un trésor d’amour fait pour un ange; il vous a destiné à quelque autre plus digne : cherchez-la, mon ami, et donnez-lui le bonheur que je ne méritais pas; c’est pour vous un devoir, car les hommes aussi bons que vous l’êtes sont un don du ciel ; ils se doivent au monde comme l'air et le soleil.

« Surtout, Antoine, ne déplorez pas trop amèrement ma mort ! A quoi pouvais-je servir ? Quel bien ai-je fait depuis que je suis née ? Je n’ai été quelque chose sur la terre que parce que je suis devenue pour vous une

occasion d'être généreux et grand ; c’est là ma seule excuse d’avoir vécu.

« Je veux que vos bienfaits me suivent au delà de la vie ; vous m’avez donné un toit quand je n’en avais plus, c’est à vous que je demande une tombe : ce sera votre présent de noce. Vous mettrez, sur la pierre qui couvrira ma fosse, mon nom et deux dates qui diront le'temps que j’ai vécu. Être inutile, toute mon existence est là ; j’ai eu un nom, je suis née et je suis morte... ; rien de plus, si ce n’est un mauvais rêve dans l’intervalle. Je veux que cette tombe soit pour vous une consolation, Antoine ; quand vous sentirez que votre cœur est triste, vous viendrez y penser au bien que vous avez fait !

« Adieu , mon ami et mon frère : je pleure en écrivant ces derniers mots, mais ce n’est pas de douleur ; c’est de pitié, de reconnaissance, d’admiration. Je voudrais que vous fussiez là pour que je pusse me mettre à vos genoux et recevoir votre bénédiction. Quant à me pardonner, je ne vous l’ai pas demandé ; on ne demande pas aux anges d’être bons ! Adieu ! soyez heureux et tranquille dans cette vie ; moi je vais en essayer une autre.

Louise. »

A ARTHUR BOISSARD.

« Quand vous reconnaîtrez l'écriture de cette lettre, Arthur, n’éprouvez point de colère, c’est la dernière que vous recevrez de moi ;et, quand vous la recevrez, je ne

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