DU PROFIT RÉEL DE LA PRODUCTION
termes, que l'accroissement de la production a une tendance inévitable à vicier la distribution des richesses, le principe de cette distribution étant tel que je viens de le supposer? Cette proposition est identique avec la première, quoiqu'elle soit encore contestée par quelques économistes.
Des TraTaiiiL improductifs.
Les industries exlractives et fabricatives étant les seules productives , ceux qui les exercent sont aussi les seuh producteurs , c'est-à-dire les seuls membres de la société qui produisent de la richesse, qui contribuent directement à l'existence et à l'accumulation des richesses sociales. Ce sont eux qui donnent à
chaque produit toute l'utilité qu'il peut recevoir par des modifications de sa forme ou de sa substance. En sortant des mains de ces producteurs ^ un produit pourra bien ne pas être immédiatement employé à l'usage auquel il est propre , soit à cause de l'éloignement des consommateurs, soit à cause de certaines circonstances qui les empêcheront de s'entendre avec les producteurs ; mais il sera , intrinsèquement et en lui-même, aussi utile qu'il peut fêtre sans subir de nouvelles modilications de forme ou de substance. En travaillant à écarter les obstacles qui l'empêchent d'être consommé , c'est-à-dire en travaillant à le faire circuler, on ne le rendra ni plus parfait, ni plus utile qu'il ne l'était auparavant ; un tel travail n'accroîtra en aucune façon la quantité absolue des richesses ; il ne produira directement aucune addition à cette quantité ; il ne sera donc pas productif.
11 en est de même, à plus forte raison, de tout travail qui ne doit avoir pour effet immédiat ni de produire la richesse, ni de la faire circuler.
Le mot producteur est un terme technique auquel il ne faut point attacher d'autre no-
tion que celle dont la science a strictement besoin. Non-seulement la richesse n'est pas la seule chose utile à l'homme social , mais cette richesse elle-même n'existerait pas, ne serait pas produite, ou ne le serait qu'en minime quantité, sans les travaux improductifs.
Ce qui distingue le travail productif du travail improductif, ce n'est point la nature même des actes dont il se compose, ni l'espèce de facultés dont il réclame l'exercice , c'est le but immédiat auquel il tend. Il y a des travaux productifs purement intellectuels , par exemple , celui d'un entrepreneur d'industrie qui dirige une ferme ou une manufacture. 11 y a aussi des travaux improductifs purement corporels^ par exemple , celui du colporteur, du soldat, du marin. Mais le but des premiers est de produire ; celui des autres est d'assurer, d'étendre, de faciliter la consommation des produits.
Les travaux improductifs , en atteignant leur but, contribuent puissamment, quoiqu'indirectement, à l'œuvre de la production, et par conséquent à l'accumulation des richesses. Les uns arrivent à ce résultat en garantissant aux producteurs et aux non-pro-
ducteiirs la paisible consommation de la portion de richesses que la loi d'appropriation leur a exclusivement attribuée : d'autres en créant des besoins nouveaux, qu'une quantité additionnelle de richesses devra satisfaire ; d'autres, enfin , en écartant les obstacles de divers genres qui empêcheraient qu'une partie des produits de l'industrie ne trouvât des consommateurs, et qui, par cela même, en arrêteraient la production. Delà, trois classes distinctes de travaux improductifs. Ceux de la dernière classe constituent les industries circulatives.
Les travaux des industries circulatives , de même que ceux des industries productives , sont de deux espèces. Les uns, en effet, ont pour but de transporter les produits d'un lieu dans un autre; ils forment l'industrie transportative. Les autres s'appliquent à consommer les échanges ; ils constituent l'industrie permutatlve ou commerciale .
L'industrie transportative sert quelquefois à consommer un échange , mais ce n'est point là son but principal , ni son caractère essentiel. Le plus souvent l'échange est consommé avant que le transport des produits s'ef-
fectue ; c est ce qui arrive toutes les fois qu'un particulier achète des denrées en grande quantité pour les consommer, ou qu'un négociant achète des marchandises en gros pour les revendre , si l'acquéreur, dans l'un et l'autre cas, s'est chargé du transport, et qu'il traite à cet effet avec un voiturier. Le but de l'industrie de transport , et son résultat immédiat, sont uniquement de modifier les produits quant au lieu, non quant à la possession. Porter ici ce qui était là, ou là ce qui était ici^ voilà ce qu'accomplit le transportateur par terre ou par eau.
C'est l'industrie permutative qui se charge d'accomplir les échanges en rapprochant l'offre de la demande, ce qui est l'œuvre des marchands , et en établissant ou facilitant les communications entre le producteur et le consommateur, ainsi que le font les commissionnaires et les courtiers. Elle se compose essentiellement de travaux intellectuels , tandis que l'industrie transportative met surtout à contribution les facultés physiques du travailleur.
Si les industries transportatives et permutatives sont souvent exercées par une même
personne et avec un même capital , c'est que la division du travail n'a pas été poussée aussi loin qu'elle pourrait l'être. La distinction que je viens de signaler n'en subsiste pas moins.
Une chose commune â tous les travaux improductifs , c*est que ceux qui les exercent doivent être approvisionnés, de même que les producteurs^ et non-seulement de ce qui est nécessaire à leur existence , mais encore de ce qui est nécessaire à l'accomplissement de leurs travaux. Le capital joue donc ici le même rôle que dans les industries productives^ et les phénomènes de distribution , qui sont les conséquences de l'intervention du capital dans la production, se reproduisent sous des formes analogues parmi les diverses catégories de travailleurs improductifs.
C'est à l'examen de ces phénomènes que je dois maintenant me livrer, après avoir exposé , dans cette Introduction, les notions générales qui m'ont paru nécessaires pour l'intelligence de ce qui va suivre.