‹ Riche ou pauvre, exposition succincte des causes et des effetsde la distribution actuelle des richesses socialesChapitre 7 sur 86 · I. ExTRACTivE. a) Agricole, l" Un fonds productif · texte numérisé non relu

I. ExTRACTivE. a) Agricole, l" Un fonds productif

2*^ Un capital, composé de n. Matières premières, h. Instruments, c. Approvisionnement.

I)) Non agricole, i^ Un fonds productif.

2° Un capital comprenant a. Instruments, h. Approvisionnement.

lit Fabric.\tive. Un capital comprenant

a. Matières premières,

b. Instruments,

c. Approvisionnement.

)§rt;ptfre (^gnafricm^.

Fouctioiis fies Fonds productifs et du Capital tlaus la production*

Examinons maintenant quel rôle jouent , dans la production , les divers éléments dont la présence est nécessaire.

Le rôle du capital est d'être consommé^ c'està-dire, la substance et la forme en sont altérées de telle manière qu'il ne peut plus^, ou ne peut qu'avec une moindre utilité, être employé de nouveau à une production sembla-

ble; car telle est la signification technique de ce mot consommer dont il est fait un si fréquent usage en économie politique.

Mais la consommation des diverses parties du capital présente des caractères différents qu'il importe de signaler.

Et d'abord , la matière première est altérée , quelquefois dans sa substance, comme fhuile et la soude qui forment le savon ; plus souvent encore dans sa forme seule , comme la laine qui devient du drap , ou la soie qui se change en étoffe. Elle acquiert ainsi une utilité qu'elle n'avait pas , et qui est précisément le but du travail productif auquel son altéralion est due; mais elle n'en est pas moins consommée, en ce sens qu'elle n'existe plus sous sa première forme , substantielle ou externe , et qu'elle ne peut plus, par conséquent, être employée comme élément de la production à laquelle cette forme la rendait propre.

\J instrument formel , ou l'instrument proprement dit, est aussi altéré par la production^ dans sa forme et dans sa substance tout à la fois. Il s'use par degrés, jusqu'à perdre entièrement l'utilité qu'il avait reçue de l'industrie fabricative. Cette consommation est

lente, et en conséquence elle n^est que partielle si nous en apprécions les effets pendant un espace de temps limité. Celle de Xinstrument substantiel, ou de la matière instrumentale ^ est au contraire rapide, et en général complète dès le premier instant de l'opération.

Quant à \ appronsionnement y quoique les objets divers dont il se compose soient susceptibles , les uns d'une consommation lente comme celle des instruments, les autres d'une consommation rapide comme celle des matières instrumentales,, ils sont, dans tous les cas, consommés comme approvisionnement, aussitôt qu'ils sont livrés aux travailleurs; ils ne peuvent, ni les uns ni les autres, être employés par le même producteur pour Tapprovisionnement nécessaire à de nouvelles opérations.

Tout ce qui compose la richesse n'est produit que pour être consommé lentement ou rapidement; la consommation est toujours une conséquence plus ou moins immédiate de l'usage que nous faisons des produits , et il n'y a aucune différence essentielle entre une consommation et une autre, entre la consom-

mation d'une chose qui fait partie d'un capital, et celle de toute autre chose. Bien plus, il n'y a aucune différence entre un capital et toute autre portion de richesse : c'est seulement par l'emploi qui en est fait qu'une chose devient capital; c'est-à-dire, lorsqu'elle est employée , dans une opération productive , comme matière première , comme instrument, ou comme approvisionnement. Lorsqu'on parle du capital d'un individu ou d'une société, il faut donc entendre par là celui dont cet individu^ ou cette société , pourrait disposer, et alors cette notion est aussi étendue que celle de richesse ; car il n'y a pas un objet , compris dans la richesse d'un individu ou d'une société, qui ne pût être employé à quelque production comme matière première, comme instrument , ou comme approvisionnement. Quant au capital qu'un individu ou une société emploie réellement comme capital, on ne peut le connaître qu'après la production ; c'est par l'usage qui en est fait , que chaque élément de la richesse, individuelle ou sociale, devient ou ne devient pas l'élément d'un capital.

Les fonds productifs^ au contraire, existent

comme tels avant et après la production. Ce n'est pas qu'ils ne puissent être employés à d'autres usages; ainsi, les routes, les rivières navigables, et la mer, sont employées comme voies de communication, sans égard à leur productivité. Mais cet emploi n'altère en rien leur qualité de fonds productif; il n'est que l'application d'autres propriétés inhérentes à leur substance, et indépendantes de leur pouvoir productif. En d'autres termes , les fonds productifs, employés comme fonds productifs, c'est-à-dire ne servant qu'à la production , peuvent toujours y servir de nouveau , pat*ce qu'un tel emploi ne les consomme ni lentement ni rapidement, quelque prolongé qu'on le suppose.

Toute réelle qu'est cette différence entre les fonds productifs et les capitaux, il faut bien se garder d'en conclure que les premiers soient plus importants que les seconds, comme agents de production, ni qu'ils soient une source plus abondante ou plus assurée de richesses, ni surtout qu'ils soient la seule source de richesses. Que feraient les industries extractives sans capitaux? A quoi se réduiraient leurs produits, si elles n'avaient à leur disposition

ni les instruments qui leur sont nécessaires , ni cette partie de l'approvisionnement qui ne peut être fournie que par les industries fabricatives ?

On ne saurait rien dire d'exagéré sur l'importance des capitaux comme agents de production. Si l'on pouvait, sans diminuer en rien le nombre ni l'habileté des producteurs de tout un pays, anéantir d'un seul coup la totalité du capital dont ils disposent, ce pays deviendrait, en peu de temps, le séjour inculte et misérable d'une horde de barbares. Le peuple qui l'habitait retomberait dans l'enfance de la civilisation ; il lui faudrait recommencer la longue et pénible carrière de son développement.

C'est ainsi , peut-être , qu'on doit expliquer comment l'invasion des Barbares du Nord a pu détruire l'ancienne civilisation romaine; car le peuple vaincu ne fut point anéanti par ces conquérants ; les anciens habitants des Gaules, de l'Italie, de l'Espagne, continuèrent à former probablement la majeure partie de la population de ces pays; nous les voyons même, quoique mêlés et assujétis à leurs vainqueurs, conserver le droit d'être jugés d'après

leurs propres lois, et les codes des Barbares font mention des Romains comme d'un peuple encore nombreux et plein de vie. Pourquoi donc les arts ne survécurent-ils pas avec ceux qui les connaissaient et les cultivaient? Pourquoi^ au bout de quelques siècles, la face de l'Europe fut-elle complètement changée et des nations corrompues , mais éclairées et industrieuses, se métamorphosèrent-elles , des bords du Rhin et du Danube à ceux de la Méditerranée, en une population uniforme de farouches guerriers et de grossiers paysans? Ne doit-on pas attribuer ce résultat, au moins en partie, à la destruction des capitaux productifs , destruction infiniment plus générale et plus complète que celle qui atteignit les producteurs eux-mêmes?

Qu'on se représente , en effet, l'immense quantité de matières brutes ou manufacturées, de bâtiments, d'établissements industriels, d'instruments de toute espèce, qui furent détruits par le fer et le feu, pendant cette désastreuse période ! Une épouvantable dissipation de capitaux accompagne toujours la guerre, même de nos jours; mais les enfants

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du Nord n'étaient pas à la hauteur de nos soldats. Ignorants, et fiers de leur ignorance , ils méprisaient et vouaient à la destruction , autant par sentiment que par principes, tous les produits et les instruments des arts. Si un reste d'humanité leur fit épargner la vie d'une partie des vaincus, aucun motif semblable ne pouvait les engager à épargner des objets sans vie et sans utilité pour eux.

Et s'il ne faut qu'un instant pour détruire un immense capital, que de temps au contraire ne faut-il pas pour l'accumuler! Combien de circonstances favorables doivent concourir pour que cette accumulation puisse s'opérer ! Au milieu du trouble et de l'insécurité que laissaient après elle les invasions successives, toute épargne était impossible, et bientôt les générations aptes aux travaux de l'industrie firent place à d'autres , auxquelles ces travaux étaient aussi étrangers qu'aux Barbares eux-mêmes.

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Spécialité des Fonds productifs et des Travailleurs.

Les espèces animales sont d'autant plus perfectibles que leurs différents organes ont une destination plus distincte, plus spéciale. Comparez seulement les quadrupèdes à l'homme: quel immense avantage pour celui-ci de ne marcher que sur ses jambes! Et, si l'on faisait entrer dans cette comparaison les organes

internes, on trouverait des applications bien plus frappantes encore de cette loi de la nature. Il en est précisément de même à l'égard de la société. Cet être collectif est d'autant plus perfectible , c'est-à-dire d'autant plus susceptible de développement, que les membres dont il se compose exercent, chacun, leur activité dans une direction plus distincte et plus spéciale. Ce qui est vrai du développement en général, l'est en particulier du développement économique; la société humaine produira d'autant plus, son travail productif sera d'autant plus efficace , que les fractions grandes ou petites, collectives ou individuelles , dont elle est formée, spécialiseront davantage leurs travaux.

Cette grande loi est le résultat d'une seule cause qui agit de plusieurs manières, savoir: de la supériorité des aptitudes spéciales , soit naturelles soit acquises , des fonds productifs et des producteurs , sur leur aptitude géné^ raie.

L'aptitude générale ou spéciale d'un fonds productif, c'est son aptitude à fournir le genre de produits qui le caractérise, ou à produire une espèce particulière de ce genre. La supé-

riorité de l'aptitude spéciale , dans ce cas , n'a pas besoin d'être démontrée; elle résulte de ce fait même que l'aptitude dont il s'agit est spéciale, puisque nous ne la découvrons^ et ne la reconnaissons comme telle , qu'au nombre et à la qualité supérieure des produits que nous en obtenons. Toute la question ici est donc de savoir s'il existe réellement de telles aptitudes spéciales; or, aucun doute sérieux ne saurait s'élever sur ce point. Le climat, la situation géographique, la constitution géologique , la forme d'une contrée , sont autant de circonstances auxquelles se rattache presque toujours une aptitude particulière, naturelle, à produire certaines espèces minérales, végétales ou animales propres à être rendues immédiatement utiles par le travail de l'homme.

Les races d'animaux et les espèces de végétaux ^ naturalisées dans un pays par le travail humain^ et qui s'y perpétuent ensuite d'ellesmêmes, grâce à des circonstances favorables, peuvent fournir de fréquents exemples d'aptitudes spéciales acquises à un fonds productif. Une vaste forêt ne constitue-t-elle pas, pour le sol qu'elle couvre, une aptitude ac-

quise à produire du bois de construction ou de chauffage ?

De même, Thomme est doué en général d'organes actifs et passifs qui le rendent propre à une foule de travaux divers, et qui le mettent en état de pourvoir seul au maintien de son existence. Cependant , on trouverait à peine deux individus de l'espèce humaine chez lesquels cette aptitude générale fût parfaitement identique. La race, le sexe, la santé, établissent à cet égard des différences notables; la force, la dimension des organes, tant internes qu'externes, mille causes plus ou moins connues, font de chaque homme un être à part, ayant certaines facultés proéminentes qui le rendent plus apte que la plupart des autres à quelque industrie particulière.

Mais nos aptitudes spéciales naturelles ne sont rien en comparaison de celles que nous pouvons acquérir par l'exercice continuel de nos facultés dans une seule direction. Chacun a pu voir avec quel prodigieux degré de précision et de rapidité l'ouvrier le plus communément doué parvient à exécuter certaines opérations productives, lorsqu'il en a fait long-

temps son unique occupation. Nos facultés intellectuelles se développent et se perfectionnent par le même moyen, par la spécialité de l'emploi auquel nous les consacrons, du but à l'accomplissement duquel nous les faisons servir.

Supposons maintenant qu'on introduise tout à coup dans une société quelconque cette spécialisation des travaux, qu'on y organise l'industrie de manière que chaque travail productif soit exécuté par les seuls producteurs qui sont doués à cet effet d'une aptitude spéciale, naturelle ou acquise, et qu'on s'y applique aux seules industries que favorisent les circonstances particulières du pays. Quels seront les résultats d'un tel changement?

On peut les ranger sous trois chefs :

1 *^ . Perfectionnement des produits de chaque espèce. Cette conséquence découle si évidemment de l'hypothèse, que je ne m'y arrêterai pas davantage.

2*^. Augmentation de la quantité produite dans un temps donné. La production sera infiniment plus rapide, et cela par plusieurs raisons :

A^ I?JTR0DUCTI0IS.

a) Les produits spéciaux, particuliers à un pays, sont plus facilement et plus promptennent extraits des fonds productifs auxquels ils appartiennent que ne peuvent l'être les produits de toute autre espèce que le pays est capable de fournir.

b) La célérité dans les opérations est une conséquence immanquable de l'habileté naturelle ou acquise du producteur; c'est l'application d'une faculté particulière qui se développe comme les autres par l'exercice.

c) Enfin, le producteur voué à une seule espèce de travail, et qui est devenU;, par cela même, particulièrement habile à l'exécuter, ne perd point de temps soit à hésiter avant d'agir;, soit à passer d'une opération à une autre.

3*^. Epargne de capital. Ce résultat découle du précédent. L'approvisionnement, pour un temps donné, est le mêmC;, quelle que soit la rapidité de la production, et par conséquent la quantité des produits qui en résultent. Il y aura donc épargne sur cet élément du capital. Avec un capital moindre, le producteur pro-^ duira une même quantité de richesses qu'au-»

para van t dans le même temps, on, ce qui est mieux d'accord avec les faits, il produira une plus grande quantité de richesses avec un même capital.

Ceci nous amène cependant à reconnaître une condition indispensable à laquelle notre hypothèse est subordonnée. Si l'approvision^ nement n'augmente pas nécessairement avec la quantité de la production, il en est tout autrement de la matière première, et aussi jusqu'à un certain point de l'instrument. La quantité de matière première employée dans une industrie fabricative pendant un temps donné croît et décroît en raison directe de la quantité des produits fabriqués. Il faut toujours la même quantité de laine pour faire une certaine quantité de drap , quelle que soit l'organisation industrielle appliquée à cette fabrication.

Les industries qui emploient quelque matière instrumentale en consomment aussi ime plus grande quantité à mesure qu'elles produisent davantage, quoique la proportion soit ici moins rigoureuse qu'à Tégard des matières premières.

D'un autre côté, il faut plus d'approvision-

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nement pour entretenir deux producteurs qui se partagent un certain travail, que pour en entretenir un seul qui l'exécutait tout entier.

11 devra donc y avoir, pour chaque progrès de la spécialisation, une quantité additionnelle de capital mise, préalablement^ à la disposition des producteurs. L'accumulation antérieure de ce capital est une condition sans laquelle le partage des travaux ne saurait s'opérer, ou ne saurait au moins devenir permanent et avantageux.

Mais aussi chaque addition faite au capital d'une société fournit le moyen d'introduire un nouveau partage des fonds productifs. La spécialisation n'a pas de limites assignables , non plus que le développement social qui en est le résultat.

^Çrtrjîifrc

stxtcmc.

Kiiiploi des agesitN naturels tlaiis la profltictioii.

Nous avons vu de quel secours sont au producteur les instruments qu'il emploie. C'est par eux qu'il se procure la coopération de la nature dans l'œuvre de la production, et qu'il fait agir à son gré des forces infiniment plus puissantes que les siennes propres. Les produits de l'industrie fabricative deviennent ain-

si l'ouvrage de la nature, presque autant que ceux de l'industrie extractive.

L'usage des outils, c'est-à-dire des instruments qui n'agissent que par l'impulsion immédiate de l'homme, facilite et accélère sans contredit les opérations productives ; mais celui des machines , c'est-à-dire des instruments qui sont mus par un agent naturel , a surtout d'immenses résultats , tout-à-fait analogues à ceux de la spécialisation des travaux.

Lorsqu'on a inventé une machine , parfaitement apte à exécuter certaines opérations qui formaient auparavant l'occupation exclusive d'une catégorie de producteurs, et mise en mouvement par quelque agent naturel, tel que l'eau ou la vapeur, les producteurs ainsi supplantés deviennent inutiles , et, par conséquent, on peut épargner toute la portion de capital qui était consacrée à leur approvisionnement et aux instruments qu'ils employaient. A la vérité, une machine est un capital considérable , plus considérable que les instruments qu'il remplace, mais l'épargne n'en est pas moins assurée , sous certaines conditions.

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