CHAPITRE IV
INFLUENCE DES CAUSES DE DÉMORALISATION SUR LES INSTITUTIOWa POLITIQUES.
Je n'ai pas besoin de m'ariêter longtemps sur ce sujet; car que pourrais-je dire qui ne fût déjà amplement démontré par l'histoire contemporaine? Les progrès de la civilisation semblent devoir aboutir à la dissolution de tous les gouvernements établis. Nos organismes sociaux sont ébranlés et minés par l'effort de tendances humaines que la raison est devenue impuissante à comprimer. Voilà le fait, il est patent; il nous enveloppe ^ nous presse de toutes parts, et se rattache évidemment aux causes générales que j'ai déjà signalées.
INFL. DES CAUSES DE DEMORAL. , ETC. 281
Le capital , en aspirant au plus grand développement possible de sa puissance, amène, ainsi que nous l'avons vu, la dissolution de la famille , la mobilisation de la propriété foncière , l'abolition successive de toutes les relations de dépendance purement légales qui caractérisaient l'organisme antérieur. Il introduit peu à peu , dans toutes les classes de la société^ l'individualisme, c'est-à-dire l'isolement des tendances individuelles que les lois précédentes avaient fait converger vers un certain nombre de centres communs. Par là, en même temps qu'il rend la situation des salariés plus immuable, et qu'il accroît indéfiniment leur nombre, il les détache de tous les groupes dans lesquels ils étaient distribués, ou envers lesquels ils se trouvaient dans un rapport d'action et de réaction réciproques;, pour les poser en face de l'État, auquel désormais ils appartiennent, et qui devient leur maître et leur protecteur. C'est avec l'État qu'ils auront à faire; car lui seul contracte envers eux des obligations permanentes.
Le prolétaire a-t-il à se plaindre de sa condition présente? éprouve-t-il des inquiétudes sur son avenir? Plus de famille à laquelle il