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— Je m’associe avec toi, mon bijou, fit une vétérante d'amour.
— Ah ! si la vieille garde donne, murmura une jeune vicomtesse d'occasion, nous sommes flambés !
La chance fut favorable au baron. Au bout d’une heure il gagnait plus de vingt mille francs. Aussi était-il choyé, adulé, caressé par ces dames, au grand dépit de Pomme-d’Api, qui commençait à rudoyer assez vivement ses bonnes amies.
Le maître d'hôtel vint fort à propos mettre fin au débat avec ces mots :
« Madame est servie. »
— À table, mesdames, et que chacune de vous choisisse son cavalier.
Une heure après, tous les convives, plus ou moins gris, chantaient et criaient à tue-tête. Les propos grivois se croisaient dans l’air et le bruit des baisers se mêlait comme accompagnement au choc des verres.
Le baron lui-même, oubliant tous soucis et se donnant tout entier au plaisir, se grisait de champagne, de liqueurs fortes et plus encore des baisers de sa maîtresse.
Tout à coup, il sentit une main se poser sur son épaule. Il se retourna.
Son fils était devant lui.
Raoul était pâle comme un suaire.
Son apparition fit sur le baron et sur tous les convives l'effet de la statue du commandeur au festin de don Juan.
Toutes les voix se turent.
Au grand bruit de tout à l’heure succédait un silence de mort.
Le vin versé resta dans les verres, et les baïsers furent comme figés sur les lèvres.
Ramené brusquement à la réalité par la présence de son fils, le baron éprouva une commotion violente.
Mais, sous l’empire de l'ivresse, il essaya de réagir contre son effroi et tenta de se poser en père plein d’autorité devant tous ces désœuvrés avinés qui le dévoraient du regard.
— Monsieur, dit-il à Raoul d’une voix courroucée, de quel droit êtes-vous ici ? Vous allez...
Le jeune homme l’interrompit d’un geste.
— Mon père, dit-il, il va être bientôt grand jour et j'ai, à vous entretenir de choses graves.
Raoul, alors, écarta les rideaux d’une fenêtre, dont il ouvrit les battants et poussa les persiennes.
Le jour commençait à poindre, en effet, et déjà la ville s’emplissait de rumeurs confuses, bourdonnement de la ruche colossale des travailleurs déjà debout et prêts à prendre leurs outils.
La lumière des bougies presque consumées ne donnait plus qu'une clarté pâle.
Le visage des femmes était blafard, malgré le rose artificiel ; celui des hommes était terreux.
Tout le monde se leva, maudissant le jeune homme qui venait d'apparaître dans la salle comme un sot trouble-fête.