I. Agucchi.i, 24 oct
148 LES CONFÉRENCES d' AVIGNON ET DE LYON
n'avait pas été indifférent, devait rendre d'autant moins accommodant le gouvernement français, débarrassé des soucis de l'intérieur. Malgré le désir qu'avaient les ministres de jouir d'un repos qu'ils croyaient bien acquis après deux ans de fatigues presque continuelles, la situation devenait si humiliante pour la France chez les Suisses que l'éventualité d'une nouvelle guerre, et cette fois-ci contre l'étranger, s'imposa forcément aux préoccupations du gouvernement. Le nonce trouva chez les ministres plus d'énergie qu'il n'en avait attendu d'eux.
« Plus le roi s'approche de Lyon, écrit-il, plus ses ministres recommencent à s'échauffer à l'égard des affaires de la Valteline. Ils tiennent, à ce propos, pour maxime certaine que Sa Majesté ne peut retourner à Paris si elle n'a porté quelque remède à la situation, sans se perdre complètement de réputation et d'honneur. Ils protestent qu'ils désirent l'union et la paix avec les Espagnols et le progrès de la religion en tous lieux, et que si le contraire arrive ce sera bien à leur corps défendant; mais il ne faut point faire tant de cas de la Valtehne, que, pour la purger entièrement de l'hérésie, on s'expose à en infecter tout le reste de l'Itahe; et c'est ce qui arrivera certainement, disent-ils, si les deux couronnes se font la guerre. Les artifices des Espagnols sont aujourd'hui si clairs qu'il n'est personne d'assez passionné pour ne pas reconnaître que, s'ils mettent en avant le prétexte de la religion, c'est uniquement pour servir à leurs intérêts d'État; et, comme ils ne savent point se maintenir dans les bornes de la justice, le gouvernement français doit et veut absolument leur faire opposition.
« Les ministres donnent, en outre, à entendre que si les choses traînent encore en longueur, si le compromis de Béziers ne peut être effectué promptement par le dépôt des forts entre les mains du duc de Lorraine, une alliance sera faite avec les Hollandais, les Anglais et les princes mécontents d'Allemagne pour rendre au Palatin ses Etats, pendant
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qu'une armée française, unie aux troupes de la Savoie et de Venise, descendra en Italie '. »
Voilà bientôt que le nonce prend véritablement peur. Il s'effraye de la conduite aventureuse du gouvernement espagnol; et, sentant lui échapper la possibilité de faire accepter le compromis au succès duquel il attachait, comme on sait, son amour-propre de diplomate, il fliit au nonce d'Espagne, dans une dépêche où il s'affranchit des passions ecclésiastique, un exposé sincère et éloquent des dangers de la situation : « Je ne puis comprendre, dit-il, quel avantage trouvent vos ministres à vouloir soutenir les actes du duc de Feria plutôt que d'éviter la guerre avec cette couronne. Ils savent cependant parfaitement combien ils sont peu aimés, non seulement des princes d'Italie, mais de leurs propres vassaux; et si, par malheur, ils éprouvaient une défliite, ils seraient dans le cas d'être abandonnés de tous. Voyez comme, cette année, leurs armées de Flandre, bien que les Français n'aient donné aucune assistance aux Hollandais, ont peu réussi, ou plutôt comme elles ont perdu du terrain. En Allemagne, bien que la tranquillité règne, les esprits des princes sont cependant on ne peut plus portés à la troubler, si le Roi Très Chrétien veut s'en mêler; et comment sera-t-il possible aux Espagnols de résister à tous? Faut-il, pour un lopin de terre comme la Valteline, qu'ils risquent tous leurs États? La fortune n'est pas assez constante pour qu'ils puissent avoir tant de confiance en elle. Les bravades de ce Vivez, qui prétend, avec l'or des Indes, diviser ce royaume et le déchirer jusque dans ses entrailles, de manière qu'il ne puisse plus penser aux choses du dehors; son projet de renouveler la trêve avec les États de Hollande, ne sont des épouvantails que pour ceux qui ne connaissent pas les choses du monde. Car tout cela n'émeut pas ceux -qui savent que les Hollandais n'ont cure d'une trêve qui