‹ RichelieuChapitre 99 sur 196 · Agucchia, 26 septembre 1G · texte numérisé non relu

Agucchia, 26 septembre 1G

146 LES CONFÉRENCES d'aVIGNON ET DE LYON

sées. La capitulation de Milan tenait les Grisons par le pied; Tarchiduc Léopold les serra à la gorge, en leur imposant une convention négociée à Lindau, qui, dans des termes plus rigoureux encore,, faisait la contre-partie de la convention dont le duc de Feria était l'auteur. La Basse-Engadine et huit juridictions étaient détachées de la confédération des Grisons et réunies au Tyrol autrichien ; Mayenfeld et Coire devaient être occupées pendant six ans par des garnisons autrichiennes; et enfin l'archiduc se réservait encore de faire valoir ses droits non seulement sur les lieux qu'il occupait, mais encore sur d'autres endroits compris dans les limites très indéterminées de sa souveraineté ^. C'était la loi du glaive ; les forts espagnols dans la Valteline, les garnisons autrichiennes dans tout le pays des Grisons, établissaient en fait la communication tant recherchée entre les États espagnols d'Italie, l'Allemagne et les Pays-Bas.

Le résultat était trop complet cependant pour ne pas ins-

I. Délie capitula^ioni de Lindau, p. 99 (point de date). Bib. Min. Mss. X, V, 18, Miscel.

i" L'archiduc Léopold l'eçoit en grâce les Huit Juridictions, en exceptant de l'amnistie les principaux auteurs de la sédition, les coupables d'homicide, et de leur côté les Huit Juridictions reconnaissent l'archiduc comme leur naturel prince et seigneur.

1° Les Huit Juridictions et la Basse-Engadine sont déclarées affranchies de toute alliance avec les Grisons et de toute autre ligue, à l'exception de celle avec la maison de France, en tant qu'elle ne tourne pas au préjudice de la maison d'Autriche.

3" Son Altesse restituera tous les lieux sur lesquels il n'a point droit, après que la preuve suffisante en aura été faite. Quant à la vallée de Munastero, Son Altesse et l'évêque de Coire garderont chacun leur juridiction.

4° S'il n'est point prouvé que Son Altesse ait des droits légitimes sur Mayenfeld et Malans, lesdits lieux ne seront point séparés des deux ligues.

5° Quant à la confédération entre l'évêche de Coire et la ligue grise, elle sera définie par les seigneurs suisses.

6" Aucune fortitication ne sera élevée d'aucune part sur les territoires de Mayenfeld ou de Malans. Son Altesse cependant pourra fortifier les lieux qui lui appartiennent par droit d'hérédité ou de podesta suprema.

7° Pour la sécurité et conservation de la paix, une garnison supportable aux sujets sera entretenue pendant six ans à Mayenfeld et à Coire. Ce soin est remis à Son Altesse.

pirer h la cour de Rome ces secrètes inquiétudes que font souvent naitre de trop grands bonlieurs. Elle les exprime et cherche à se rassurer en même temps dans la dépêche suivante :

a L'accord fait à Lindau entre l'archiduc Léopold et les Grisons n'a pas été accepté, si ce n'est en partie, par les Suisses catholiques, lesquels ne le repoussent point pour le reste. Les hérétiques n'en ont rien accepté; sous le poids de leurs récentes infortunes, ils se résigneront à l'observer, jusqu'à ce qu'ils trouvent une puissance prête à les aider dans un soulèvement. Pour l'heure, ils ne tiennent plus aucun compte des paroles et des promesses de la France ; et l'argent des Vénitiens ne suffit pas, sans un secours en hommes. En attendant, l'archiduc Léopold aura le temps de fortifier les Huit Droitures qu'il prétend lui appartenir entièrement, et tiendra de bonnes garnisons dans Coire et dans Mayenfeld, d'où il sera toujours plus difficile de les chasser. En somme, ces peuples-là sont forcés de suivre la fortune de voisins puissants, qui, par mille moyens, ont déjà pris chez eux tant de pied, que les Français ne pourront plus les éloigner. Aussi cherchent-ils tous à entrer en arrangement, et les chefs les plus rebelles aux Autrichiens tâchent de se mettre à la solde de l'archiduc '. »

On conçoit qu'en face de ces avantages la cour d'Espagne se soit peu souciée des arrangements de Béziers. Elle fit savoir que le duc de Lorraine ne serait point choisi comme dépositaire des forts, ce dont Corsini s'étonne en disant que ce prince avait été cependant désigné par les Espagnols. Ce n'était vraiment pas le moment de déposer les forts de la Valteline entre les mains d'un tiers , alors que l'archiduc Léopold, campé en plein pays grison, n'était plus qu'à deux jours de marche du gouverneur de Milan. Mais la conclusion de la paix sous Montpellier, à laquelle cet état de choses

Page 1