‹ RichelieuChapitre 113 sur 196 · Agucchia, 12 janvier · texte numérisé non relu

Agucchia, 12 janvier

laisser plus longtemps compromettre les intérêts du roi en Italie. Le courrier qui lui fut dépêché pour cet objet le trouva à Lorette.

Si le voyage de Condé avait été peu profitable aux affaires de l'État, l'opinion publique fut unanime à penser qu'il n'en avait pas été de même des siennes. Le prince avait, en effet, habilement exploité son ardeur contre les huguenots pour obtenir du Saint-Père, en récompense des services rendus à la cause catholique, la sécularisation pour lui et ses enfants de plusieurs bénéfices dont il était titulaire. « L'avarice, dit Levassor, avait eu plus de part à son voyage que la superstition '. « Dans ces conditions^ l'absence du

I. Tome IV, p. 54. — Le voyage du prince de Condé est l'objet d'allusions satiriques dans plusieurs des pamphlets publiés à cette époque. Nous extrayons de la France mourante, dialogue entre le chancelier de L'Hôpital et la France (Bib. Instit , X, 465), les deux passages suivants. Dans le premier, la France parle des « efficacieuses prières des saincts Espagnols nouvellement canonisez, auxquels j'ay grande dévotion, excepté en sainct Ignace, qui s'est laissé cheoir des cieux comme les mauvais anges, en la représentation qui fut faicte au collège des Jésuites de Rome de sa canonisation devant M. le Prince, qui est un notable miracle (p. 20). » Le second passage contient des appréciations conformes à celles qui ressortent des documents cités dans notre texte : L'H... « Que vous semble des consultations de monsieur le prince? Vous ont-elles esté utiles; je scay bien qu'il a meslé parmy quelques dragmes de légèreté; mais, maintenant qu'il a esté à Rome, chacun espère qu'il fera mentir le proverbe. Et puis les graves discours qu'il a eus avec Sa Sainteté pourront avoir solide son esprit. — F. Il eût bien pu se passer de mettre le feu dans mes entrailles, comme aussi de se porter avec tant d'animosité contre ces pauvres huguenots, quand ce n'eust esté qu'en considération de ce qu'ils ont autrefois si utilement servy son père (p. 3o). »

Nous ajoutons aux précédentes une citation tirée d'un écrit intitulé : La rencontre du duc de Bouillon avec Henri le Grand dans l'autre monde, 1623 (Bib. Institut., X, 468). La tournure d'esprit, la forme du style, l'inspiration toute protestante de ce factum, des expressions que l'on croirait tirées des Économies royales, nous font émettre l'hypothèse qu'il pourrait être attribué à la plume de Sully : « Henri IV. Or ça, il ne faut pas que j'oublie à vous demander des nouvelles du prince de Condé; il y a quelque temps qu'on me dist qu'il estoit allé à Rome pour voir Sa Sainteté; je voudrois bien savoir ce qu'il a profité en son voyage; car on dit que ny cheval ny homme n'amendèrent jamais pour aller à Rome ; et vous en pouvés bien savoir quelque chose de ce qu'il a brassé en ce pays-là : car il a l'esprit assez turbulent. — Je vous en pourray bien dire quelque chose, car j'en ay assez souvent ouy parler et à

prince n'avait pu que faire baisser encore davantage on crédit à la cour, et Marie de Médicis n"avait évidemment rien à redouter de son retour.

des personnes qui estoient mesme avec luy quand il a faict ce beau voyage; il a, je vous asseure, corrompu le proverbe qui dit qu'homme n'amende point d'aller à Rome; car il en a amendé de plus de cinquante mille livres de rente. — Il n'est point trop impertinent d'avoir fait une si bonne affaire, mais dites-moy comment et en quelle forme. — Le pape luy a donné les abbayes et les bénéfices qu'il tenait en spirituel, comme un bien duquel il eust successivement hérité, et les lui a transfères en bien temporel, si bien qu'il est après à en chasser, à ceste heure, tous les moynes. »

Page 1