Ambass. vénit., n" loG, 21 janvier
sion plus juste et plus rigoureuse à son égard. La chute de cet homme a été fabriquée et résolue sous le prétexte de désordres et parce qu'il était accusé de dépendance excessive à l'égard du prince de Condé, dès le siège de Montpellier; et le roi a gardé le secret, comme il en a l'habitude en toutes choses. Les fautes qu'on reproche à Schomberg sont les suivantes : un grand désordre dans l'administration des finances; beaucoup de manquements et de négligences dans le maniement des fonds, aux dépens de la couronne ; la prélévation d'un intérêt dans les opérations financières, au détriment du roi; la mise en compte de dépenses non faites pour le service de l'artillerie; l'exagération des frais d'encre et de papier pour le conseil du roi, s'élevant à la somme de 500 000 francs chaque année ' ; un déficit de 20 millions de livre pour l'année courante. On l'accuse enfin d'avoir comploté, du temps de la guerre d'Angoulême, avec la participation de Luynes, de mettre le feu à l'arsenal de cette ville, afin de brûler avec la moitié de la cité la reine mère. Le coup aurait manqué, et le bruit de l'attentat aurait été étoufi"é, par l'autorité du feu connétable. Il peut y avoir dans tout cela bien des inventions; ceux qui défendent Schomberg reconnaissent toutefois sa négligence dans l'administration des finances ". »
Quoi qu'il en fût de ces accusations, les mieux fondées d'entre elles ne furent évidemment qu'un prétexte. Schomberg était un ami peu sûr, un ennemi dangereux, en tout cas un collègue gênant dans le conseil. Les ministres en faveur réussirent à le jeter par-dessus bord. Sa succession ne fut pas l'objet de longues contestations; il fut un instant ques-
1. A ces chefs d'accusation, qu'il ne précise pas, mais auxquels il fait allusion, Richelieu, qui consacre une bonne page à la disgrâce de Schomberg, répond par ces mots : « On n'a rien vu qui doive faire croire qu'il n'en soit sorti les mains nettes. « (Rich., Mem., XIV,
2. Ambass. vénit., n" io8, 27 janvier 1623. Cf. Avis du nonce : (( On dit que Schomberg a été trahi par deux de ses commis, qui,
pendant sa maladie, ont montré ses écritures à ses ennemis. »
tion de rendre les finances au duc de SuU}-, à la condition pour lui de se faire catholique comme Lesdiguières i. « Mais, dit le nonce en nous donnant ce renseignement, ce sont là des machinations contre le prince de Condé, dont il est l'ennemi acharné. » Les finances allèrent à un personnage qui les guettait depuis longtemps, le marquis de La Vieuville, capitaine des gardes, gendre d'un opulent financier, Beaumarchais, trésorier de l'épargne ; il fut nommé surintendant pour un an: son beau-père avait montré au roi le déficit et promis de faire les avances nécessaires pour assurer la marche des aff"aires -.
La disgrâce de Schomberg n'augurait rien de bon pour le prince de Condé. Le désir qui possédait celui-ci de jouer un rôle fit qu'il ne tint presque aucun compte du message reçu à Lorette; il écrivit au roi pour essayer de prolonger son tour en Italie, lui disant qu'il attendrait ses ordres à Gênes et qu'il se proposait de retourner à Venise pour tâcher d'y obtenir la réintégration des Jésuites, et qu'il voulait en outre accommoder les diff"érends existant entre la maison de Savoie et celle de Mantoue, et faire accepter aux Espagnols un arrangem.ent relativement aux affaires des Grisons. « Le roi, dit l'ambassadeur vénitien, sans accepter aucune de ces propositions, lui a commandé de revenir sans délai. La princesse sa femme est à Montrond à l'attendre;
1. Bassompierre et Tambassadeur vénitien confirment le fait; ces mots du nonce viennent à l'appui de l'hypothèse par laquelle nous attribuons à Sully le factum intitulé : La rencontre du duc de Bouillon et de Henry le Grand. On a vu combien cet écrit est peu bienveillant pour le prince de Condé, tandis qu'il se termine par une apologie du duc de Sully. Or on sait que le duc est loin de briller par la modestie dans les Économies royales. Sully est, en général, bien noté dans la littérature satirique du temps, comme le montre ce fragment du dialogue de la France mourante : « L'H. Puisque tout cela vous desplaist, je me fusse accoustumée à prendre dans mes bouillons des récépissés du duc de Sully. — F. Vous avez raison, je m'en suis accommodée durant quelque temps, et m'en trouvais fort bien ; mais on me les a aussitôt défendus par les avis des Nicolaites. »
2. Ambass. vénit., n" 108, 27 janvier 1623. Cf. Richel., Mém.y p. 274.
on n'est pas encore bien éclairci sur le point de savoir si le prince a l'intention de revenir tout de suite à la cour. Il y a d'autant plus lieu d'en douter que le pouvoir de la reine mère augmente; elle prend une part de plus en plus pleine aux affaires; c'est l'effet de la continuation de son union avec Puisieux. Ce dernier ne laisse pas d'exercer son autorité et d'assumer sur lui autant que possible tout le poids du gouvernement '^ «
Les appréhensions du prince de Condé n'étaient pas sans fondement; on en jugera par les détails suivants : « Le désir que montre le prince, dit l'ambassadeur dans une nouvelle dépêche, de continuer à se promener; car il se confirme qu'il prétend retourner à Venise, pour y rétablir les Jésuites, sous prétexte que Votre Sérénité lui en a manifesté l'intention; son idée de retourner à Rome pour y rendre au Saint-Père les devoirs d'obédience, cérémonie qui n'a pas encore été accomplie par Sa Majesté; l'ordre donné -à la princesse d'attendre Monsieur à Montrond; tout cela fait croire qu'il ne viendra pas si aisément à la cour. C'est un prince d'un caractère soupçonneux; la chute de Schomberg, les paroles que le roi a dites, et le bruit qui court, que Sa Majesté a fait préparer des chambres à la Bastille et au bois de Vincennes, seront pour lui autant de motifs d'inquiétude -. Le prince a écrit à Sa Majesté pour démentir le bruit d'après lequel il voudrait acquérir le titre de protecteur des catholiques- 11 ne veut pas d'autre qualité, dit-il, que celle de très humble serviteur de Sa Majesté. Par la voie de Rome sont parvenus au roi deux griefs qu'il a contre Votre Sérénité : l'un c'est de n'avoir pas reçu des