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LA DÉCHÉANCE DU PALATIN I

Le duc de Bavière, activement secondé par la cour de Rome, mais voyant les forces de l'empereur insuffisantes (deboli), les Espagnols défavorables à ses intérêts, les princes protestants irrités et puissants, envoya en France le Père Valérian, capucin, et après celui-ci Jean Kikener, son conseiller, pour décider le roi de France à appuyer ses prétentions au titre électoral. Le gouvernement français se trouva, au rapport du nonce, fort embarrassé; il ne demandait sans doute pas mieux que de favoriser le Bavarois, mais il aurait voulu que Maximilien se déclarât contre la maison d'Autriche. Ce prince paraissait, en effet, capable de contrebalancer, en Allemagne, la puissance des Habsbourg. D'autre part, le gouvernement français craignait de s'aliéner, en se rapprochant du Bavarois^ les princes protestants, ses alliés de longue date.

Le capucin Valérian, en présence de ces irrésolutions de la France, proposa au gouvernement un renversement complet du système de ses alliances*. Il l'engagea à s'allier avec la Ligue cathohque d'Allemagne. Ce projet fut vivement appuyé par le Saint-Siège. Le nonce, sans se dissimuler les inconvénients d'une pareille alliance, qui lui paraissait faire courir à la France le risque d'offenser l'Espagne, membre de la ligue, et de s'ahéner en même temps la Hollande et l'Angleterre, insista auprès des ministres de Louis XIII sur les avantages qu'il voyait dans ce nouveau système, et qu'il résume ainsi :

1° L'amitié de quatre électeurs catholiques donnera une grande part à la France dans l'élection de l'empereur.

2° Les huguenots, s'ils veulent s'agiter de nouveau en France, ne seront pas secourus par les Allemands, empêchés que ceux-ci en seront par ladite ligue.

I. La négociation du P. Valérian aurait été cachée à Louis XIII, si nous en croyons un passage du morceau donné au t. IX de la 2* série des travaux de l'Acadénaie des sciences morales et politiques, par L. Ranke, comme complément des Mémoires de Richelieu.

3° On ôtera au monde cette fâcheuse opinion que la France est toujours alliée avec des hérétiques. L'Autriche perdra par là un prétexte à toutes ses usurpations. En outre, la France contrebalancera en Allemagne la puissance de l'Autriche.

Une combinaison si hardiment contraire à toutes les traditions politiques de la France ne pouvait qu'effaroucher la timidité des ministres, qui se piquaient d'ailleurs d'être fidèles à la tradition de Henri IV. Nous croyons que le nonce les calomnie lorsqu'il dit que le chancelier et Puisieux trouvaient la chose bien difficile, non seulement pour la crainte de s'aliéner les esprits des vieux amis, mais pour celle de mécontenter les Espagnols, avec lesquels ils avaient l'intention de demeurer d'accord ^ Nous avons vu par la signature de la ligue de Paris que le gouvernement français ne voulait point l'accord avec l'Espagne à tout prix ; et, en ce qui concernait particuHèrement l'affaire de l'électorat, il est certain que l'appréhension du mariage anglais jeta la France d'une façon non équivoque du côté de l'électeur de Bavière.

L'Espagne fit cependant des efforts désespérés, et il n'y eut pas là une simple comédie, comme l'indique l'historien Levassor. Le nonce, à Ratisbonne, se montra même fort alarmé sur Tissue d'une affaire qui tenait particulièrement au cœur de Grégoire XV.

« L'affaire de l'électorat, écrit-il, qui s'est toujours montrée dure, devient de plus en plus dure par la faute des Espagnols, qui, pour ne point s'accommoder de voir croître la Bavière, visent à s'emparer des places du Palatinat, à entretenir l'amitié de l'Angleterre, et à conclure la paix en Allemagne, pour amener toutes leurs forces en Italie et en Flandre. Aussi le comte d'Ognate fulmine et proteste que

I. Nonce, 3 février i623 : « Cou tiitto cîo a qiiesti ministri, cioe al cancelliere e Pisiiis par cosa molto difficile non solo per tema d'alienarsi gli aniini dei vecchi amici ma pcr sospetto di non sdegnare gli Spag^' co qiiali hanno voglia di star d'accordo. »

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