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LA DÉCHÉANCE DU PALATIN I

c'est la ruine de l'empire, de la maison d'Autriche, et de la religion catholique, et menace de l'indignation du roi d'Espagne. Nous ne nous abandonnons pas; mais nous craignons beaucoup. »

Les craintes du nonce ne se réalisèrent point : quelques jours après cette dépèche, Frédéric V, malgré l'abstention significative d'une partie du corps électoral, était solennellement dépouillé de son titre, dont Maximilien de Bavière était investi. Quelques réserves illusoires étaient stipulées en faveur des enfants de l'électeur déchu. Le pape Grégoire XV, avant de mourir, pouvait dire que, par le succès de cette affaire, « son cœur était rempli de la manne céleste. »

Que faut-il penser de cet événement au point de vue des intérêts français? Il y avait évidemment plus de danger à laisser grandir l'Espagne que le duc de Bavière ; le gouvernement de Madrid éprouva donc de ce côté un échec très réel ; mais il avait avec l'Autriche trop d'intérêts communs pour qu'un dissentiment passager altérât profondément leur intelligence. Les hésitations ' de la politique française ne lui avaient point fiiit un ami du nouvel électeur, et la ruine complète du Palatin, auquel les Espagnols allaient bientôt enlever par supercherie sa dernière place de Frankenthal, ôtait cà la ligue signée à Paris une grande partie de son importance.

La situation politique n'était toutefois point, pendant les deux premiers mois de l'année 1623, défavorable à la France. La ligue restait sur pied; l'Espagne, sous le coup de défaites diplomatiques sensibles à son orgueil; l'empereur affaibli par son triomphe même. Un champ suffisamment vaste restait ouvert à la diplomatie et aux armes de la

I. Le gouvernement semble en effet, au dernier moment, avoir fait une évolution du côté du Palatin, d'après une dépêche du nonce, qui écrit le 23 février 1623 : « Le P. Valérian est parti mécontent. Il retourne auprès du duc de Bavière, que la France ne parait plus disposée à soutenir dans l'affaire de l'électorat. «

France. « Les ministres, écrit le nonce dans sa relation, continueront certainement à soudoyer Mansfeld et à secourir les Hollandais; car ils tiennent pour maxime certaine que, si l'on veut vivre en paix dans le reste de la chrétienté, il convient que le roi d'Espagne ait où employer ses forces et consumer ses trésors. » — Cette politique n'était pas celle de gens mal avisés; mais devait-elle être appliquée avec efficacité ?

LE CARNAVAL DE i623. LES CHASSES DE FONTAINEBLEAU. LES COMPÉTITIONS DE COUR.

Etat embrouillé des affaires de la cour. — Rivalité de la maison de Guise et de la maison de Bourbon. — Prêtes à la cour. — Scène faite par le roi au duc de Montmorency. — Passage et séjour du prince de Galles à Paris. — Etonnement et mécontentement de la cour. — Retour du prince de Condé en France. — Il s'enferme dans sa province de Berri. — Ses occupations. — L'autorité des Brùlarts semble raffermie. — Chasses du roi. — Contestations entre la reine mère et le grand-duc de Toscane relativement à certains intérêts financiers. — Services rendus par Richelieu à ce sujet. — Compétitions de cour insupportables au roi. — Essai de rapprochement entre la reine mère et le prince de Condé. — Le marquis de La Inojosa à Fontainebleau. — Maladie d'Anne d'Autriche. — Causes de mécontentement de la jeune reine. — Compétitions pour la surintendance de sa maison. — Richelieu et la reine mère se ménagent et observent.

(Mars — Juillet ifJ23.)

Nous entrons, avec la seconde quinzaine de février 1623, dans une série d'intrigues très subtiles, dont l'une des conséquences principales doit être la disgrâce des Brùlarts ; mais la marche en est très difficile à suivre, vu l'absence de documents précis. Les Mémoires de Bassompierre passent très rapidement sur l'année 1623 ; le Journal d'Héroard fait défaut pendant toute une année (de mars 1623 à mars 1624);

les Mémoires de Richelieu, quoique très abondants sur cette matière, sont diffus en certains endroits, précipités ailleurs, privés de points de repère qui aident le lecteur et l'historien à se retrouver au milieu d'une foule de faits et d'assertions obscurs; on sait en outre que l'édition courante de ces Mémoires laisse une lacune au commencement de l'année 1624, et que cette interruption porte précisément sur les incidents qui précèdent, marquent ou suivent la chute de Brûlart et de son fils. M, Léopold Ranke a, il est vrai, comblé ce vide par une intéressante communication à l'Académie des sciences morales et politiques ' ; mais, si le morceau retrouvé par l'historien allemand apporte des indications précieuses, il n'est pas exempt des défauts qui rendent les Mémoires du cardinal incomplets et sujets à la critique sur plus d'un point. Nous essayerons donc de dissiper, en produisant et en rapprochant les témoignages des trois ambassadeurs sur lesquels nous nous appuyons, les nuages qui enveloppent cette petite , mais intéressante partie de l'histoire de Louis XIII et de Richelieu.

On a vu que la préséance donnée au cardinal de La Rochefoucault dans le conseil semblait avoir ébranlé la situation du chancelier Brûlart ; mais les bruits de la cour exagéraient l'importance de cet événement. La baisse de l'influence du chancelier rappela l'attention sur le prince de Condé ; cependant le nonce va trop vite en besogne lorsqu'il croit à une union possible et même prochaine du prince avec la reine mère, « qui, dit-il, tout en se donnant l'air d'être satisfaite, est mécontente au fond. » Louis XIII était, comme toujours, impénétrable; il ne laissait échapper que de temps à autre des mots qui permettaient d'entrevoir le fond de sa pensée. « Il est bien difficile, écrit le nonce, de faire fond sur le caractère de ce prince. Malgré tout cependant, la reine a fait un progrès : elle a obtenu du roi la

I. Trav. de l'Acad. des se. mor. et pol., 2.« série, tome IX.

liberté de lui parler de tout ce qu'elle juge convenable, et de lui dire son opinion sur toutes les affliires, et il est à croire que peu à peu elle acquerra toute la confiance qui est due à sa qualité de mère '. Bien qu'à cette heure Puisieux soit tout-puissant, le roi ne laisse pas de dire sur son compte certaines choses, et entre autres Sa Majesté dit un jour qu'elle avait deux reines régentes, l'une était sa mère qui avait été sa régente, et l'autre la femme de Puisieux -, qui régentait pour le moment, mais que pour sûr cela ne durerait pas. »

On sentait à la cour que quelque changement se préparait. Dans cette prévision se formèrent des partis dont la rivalité avait en vue l'héritage d'un pouvoir qui, en attendant, restait toujours dans des mains fort tenaces. « L'état de la cour, écrit Corsini à l'abbé Cavalcanti, son ami ^, est tellement embrouillé que je crains qu'il n'en résulte quelque extravagance, car il paraît que la maison de Guise et ses adhérents se sont rangés d'un côté et de l'autre la maison de Bourbon avec le reste des princes; mais, dans ce paysci , il ne faut faire aucun fondement sur des faits de ce genre. »

Richelieu passe rapidement sur ces imbroglios de cour, qu'il résume dans une phrase énigmatique : « On fait naître au roi une grande appréhension de quelque brigue entre les grands ; on donne à la reine, selon son bonheur accou-

1. On voit par là que la reine mère ne gagnait du terrain que pied à pied.

2. Charlotte d'Etampes, qui paraît avoir été fort belle et fort coquette, est traitée de la façon la plus odieuse dans les libelles de cette époque ; les plaisanteries les plus grossières ne lui sont point épargnées ; nous n'osons en détacher que ces passages qui viennent à l'appui du mot prononcé par le roi : « Celle qui pensa dissiper sa maison parla profusion de cinquante mil escus employez en l'achapt de petites bagatelles et niaiseries d'enfant, maniait naguère l'Estat, faisant la leçon avec le beau-pere à son mary. » [La France ardente.) On lit encore dans la France mourante que « cette fée aux beaux pieds avait en quatre mois despensé cinq cents escus en souliers seulement ».

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