Nonce, 21 février
tumé, la meilleure part en ce dessein. Le roi en parle à M. de Montmorency pour découvrir les associés; par ce moyen, il reconnaît la vérité de l'imposture. »
Nous pouvons, avec le secours de l'ambassadeur vénitien et du noncC;, percer le mystère de cette intrigue : « La puissance du chancelier et de Puisieux, écrit Giovanni Pesaro, étant de plus en plus détestée, ceux-ci cherchent à se fortifier. Dans le parti qu'ils ont formé par leur union avec la reine mère se trouve le duc de Chevreuse, et la maison de Guise en est aussi; ils veulent s'attacher Bassompierre en lui faisant épouser la fille du maréchal de La Châtre, veuve du comte d'Alais ; mais Bassompierre refuse de se laisser engager dans aucun lien, ne voulant pas courir les chances de fortune des favoris du moment. On voit se démasquer des partis de femmes et d'hommes ; la reine régnante s'est constituée partie avec La Valette ', avec Montmorency, avec la vieille connétable, contre la duchesse de Chevreuse, et tout cela pour des intérêts de charges de palais, des dépits et des rivalités féminines. Mais les maris s'en mêlent pour des affaires plus importantes. Le duc de Montmorency, avec Épernon, La Valette et d'autres qui ne sont pas en petit nombre, soutenant que la guerre avec les huguenots est nécessaire, se font du parti du prince de Condé; et l'on dit que, dans cette affaire, le duc de Montmorency est un intermédiaire qui fait tout son possible pour accorder la reine mère avec le prince. » Le nonce du pape donne quelques autres détails qui complètent ou expliquent les précédents : « Les Brùlarts, dit-il, continuent à tcîcher d'éloigner du roi non seulement ceux qui savent parler et qui osent le faire, mais tous ceux qui, pour quelque autre raison, se recommandent à Sa Majesté. Parmi ceux-ci est le duc de
I. « La duchesse de La Valette a reçu un brevet du roi lui donnant la préséance sur les autres duchesses, bien qu'elle soit la dernière de toutes. Dans le cabinet de la reine, dont elle est la favorite, cela se fera; mais ailleurs? » Ambass. vénit., n° 106, 21 janvier 1623.
Bellegarde, grand écu3^er, fort peu de leurs amis, cavalier de très bonne grâce, et de grand mérite. Sous prétexte de l'envoyer en Bourgogne faire des recrues pour la Valteline, ils voudraient l'éloigner; mais lui, qui est un homme fort avisé et très au courant de la £içon dont on manœuvre à la cour, n'entend pas du tout se prêter à leurs desseins '. Us craignent Montmorency, parent du prince de Condé ^; le duc de Vendôme et le grand-prieur, son frère, pour le crédit qu'a auprès d'eux le marquis de Cœuvres, ennemi des ministres; le duc d'Elbœuf, parent des susdits; le marquis de La Valette, qui a épousé la sœur bâtarde du roi ; le cardinal son frère, qu'ils tâchent d'envoyer à Rome, dans TéventuaHté d'un prochain conclave. Pour semer la dissension entre tous ces personnages et le roi, ils ont murmuré aux oreilles de Sa Majesté que, d'accord avec la reine mère, ceux-ci faisaient, pour s'accorder avec le prince de Condé, des pratiques préjudiciables au service de Sa Majesté. »
Ce qu'il nous importe de bien définir au milieu de ces complications , c'est le rôle de la reine mère et de son conseiller le cardinal ; ils avaient évidemment leur plan ; Richelieu se garde bien de l'indiquer dans ses Mémoires; l'ambassadeur vénitien le dévoile dans cette phrase : « Le cardinal de Richelieu prête l'oreille au projet de faire revenir le prince, et, en apparence, ne manifeste pour ce parti aucun éloignement. Mais son véritable dessein est de faire venir le prince en cour, en lui donnant l'espérance d'un appui, afin de voir ensuite à ruiner le prince et le chancelier; car, en les combattant tous les deux, la reine mère et le cardinal espèrent acquérir une plus grande auto-
1. Le fragment des Mémoires de Richelieu retrouvé par Ranke laisse supposer un autre motif à cet éloignement. M. le Grand, qui avait particulièrement brillé à la cour de Henri IV, était encore fort galant, et il aurait, paraît-il, montré un peu trop d'empressement visà-vis de la jeune reine.