Ambassadeur vénitien, dépêche n" 12, i5 déc
Le nom du comte de Bassompierre fut aussi mis en avant. Bassompierre avait en effet assez d'agréments dans l'esprit pour faire un favori; mais son caractère n'était pas assez sérieux pour diriger les affaires d'un Etat, bien qu'il fût à ses heures un fort bon politique, autant qu'il était brave soldat et expérimenté capitaine. Ni le rôle de favori, ni celui de premier ministre ne convenait d'ailleurs à son humeur. Pour remplacer le duc de Luynes dans la plénitude de sa confiance, Louis XIII sut patienter, mettre les hommes à l'épreuve, chercher à les connaître ; il attendit près de trois ans.
Le cardinal de Richelieu, sur lequel devait à la fin, et malgré les plus vives répugnances, se fixer le choix éclairé du prince, ne nous paraît pas avoir rendu un compte exact à la postérité des sentiments qui agitèrent l'âme de Louis XIII après la mort du connétable. Il rapporte que le roi, écrivant à la reine sa mère pour lui faire part de cet événement, « lui témoigna qu'il connaissoit bien l'insolence de cet homme et le tort qu'il lui faisoit; que, s'il ne fût mort, la patience lui échappoit; qu'il y avoit longtemps qu'il lui tardoit d'être délivré de cette servitude ; qu'il la remercioit de la patience qu'elle avoit eue; qu'il n'auroit jamais connétable ni favori; mais que son principal soin seroit de lui faire connoître qu'il l'avoit toujours tendrement aimée '. » Ces paroles respirent l'animosité bien connue de Richelieu contre la mémoire de son prédécesseur ; mais, outre qu'une aussi dure façon de se déjuger sur la tombe d'un ami n'est guère vraisemblable de la part de Louis XIII, le sens et la portée que Richelieu donne aux déclarations du roi vis-à-vis de Marie de Médicis ne sont nullement confirmés par le témoignage sûr, quoique bienveillant pour la reine mère, de l'ambassadeur florentin. La page suivante de Giovanni Battista Gondi nous semble rétablir les faits :