‹ RichelieuChapitre 15 sur 196 · I. Richel., Mcm., p. 'ibj · texte numérisé non relu

I. Richel., Mcm., p. 'ibj

« Le roi, dit-il, a expédié à la reine mère un gentilhomme qui est arrivé hier matin (22 décembre). Le roi fait part à sa mère de l'accident survenu et, à cette occasion, lui témoigne des dispositions si favorables, qu'elle s'en montre pleine de joie et maniteste l'espoir de vivre dorénavant avec plus de contentement qu'elle n'en a eu jusqu'à ce jour. Dans la lettre qui lui a été remise, et je tiens ce renseignement.de bonne source, le roi n'use pas seulement vis-à-vis d'elle de termes de courtoisie ; ses paroles laissent clairement entendre qu'il veut lui laisser quelque part dans le gouvernement de l'Etat. Car il dit qu'étant désormais résolu à gouverner par lui-même, il tiendra le plus grand compte des avis qui lui seront suggérés par sa haute et maternelle prudence '. »

Il n'est pas permis de douter que, si la lettre de Louis XIII se fût exprimée à l'égard du connétable sur le ton acrimonieux que suppose Richelieu, le résident florentin n'en eût soigneusement informé son gouvernement. Les Mémoires du cardinal sont donc ici suspects au moins d'exagération. On est d'autant plus fondé à le croire que les premiers actes du roi à l'égard de la famille du connétable sont en contradiction évidente avec les sentiments que lui prête celui qui n'est encore que ministre de la reine mère. En effet, aussitôt après la mort du duc de Luynes, le roi fait passer sur la tête du fils le gouvernement de la Picardie et toutes les autres charges et dignités du père, à l'exception de la connétablie; et il confère à l'un des oncles de l'enfant, le duc de Chaulnes, la tutelle provisoire et la surintendance des fonctions dont le mineur demeure titulaire -. Tel est le premier mouvement du roi ; il annonce ces volontés par une lettre au duc de Chaulnes, et il prie la reine sa femme d'aller consoler, de garder auprès d'elle madame de Luynes

t. Ambass. florent., dépêche du 23 déc. 1621. 2. Ambass. florent., 18 déc. 1621.

et de l'assurer qu'il aura soin de son fils^ qu'il veut le protéger et le favoriser toujours. Lorsque le duc de Luxembourg, l'autre frère du connétable, vient se jeter aux pieds de Louis XIII pour lui recommander son neveu, le roi le relève en le faisant du conseiP. Comment Louis XIII aurait-il insulté à la mémoire du duc de Luynes lorsqu'il entourait ses proches parents de tant de prévenances et qu'il leur partageait en quelque sorte l'héritage de sa puissance ?

Ces attentions pour la fomille du connétable ne décidaient toutefois pas la question de savoir où Louis XIII irait désormais chercher des inspirations pour gouverner. Les principaux membres du conseil, restés auprès du roi, tous gens de valeur, mais de peu de résolution, le cardinal de Retz, le nouveau garde des sceaux de Vie, le comte de Schomberg, surintendant des finances, le marquis de Puisieux, secrétaire d'État des affaires étrangères, étaient plus soucieux de conserver leurs charges que d'imprimer aux affaires une direction qui pût les compromettre eux-mêmes L'ambassadeur vénitien nous dépeint leur embarras : « Ces messieurs du conseil, dit-il, s'assemblent fréquemment avec Sa Majesté; mais d'eux-mêmes ils ne veulent rien entreprendre, ne sachant point avec certitude quelles sont les intentions du roi, ni de quel côté il penchera. Ces messieurs concluent cependant de la situation qu'il arrivera nécessairement ou que la reine mère ou que le prince de Condé l'emportera auprès du roi et qu'il n'y aura pour aucun favori possibilité de se soutenir sans l'appui de l'un ou de l'autre. Mais comme le roi a déclaré à un personnage autorisé, avec une certaine vivacité, qu'il n'aimerait plus jamais aucun fivori, on peut présumer que les bonnes grâces de Sa Majesté seront partagées -. »

L'ambassadeur vénitien devinait avec la perspicacité d'un

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