‹ RichelieuChapitre 143 sur 196 · Nonce, avis du 23 juin i · texte numérisé non relu

Nonce, avis du 23 juin i

veuves des deux connétables, Louis XIII remit la décision de Taffiaire entre les mains de quelques conseillers d'État. Les deux camps allèrent voir les juges et cherchèrent à les corrompre. C'est la princesse de Condé qui donna le branle; elle alla les voir accompagnée de la duchesse de Chevreuse, de la vieille et de la jeune duchesse de Guise, et de la fille du duc de Montpensier. Une démarche semblable fut fliite par la princesse de Condé, la comtesse de Soissons, la duchesse de Longueville, la duchesse de Vendôme, la duchesse d'Angoulême et la duchesse de Montmorency. Les partisans de cette dernière faisaient valoir qu'on n'avait rien à lui reprocher, et que par conséquent elle ne pouvait être privée du grand honneur qui lui avait été conféré. L'autre parti disait que les charges de cette nature dépendent du bon plaisir de la souveraine, et que, M"'*^ de Chevreuse ayant eu la faveur de la reine, personne n'avait rien à lui réclamer. Les Brûlarts étaient, on n'en peut douter, avec la faction des Guises et de M""^ de Chevreuse. Quant au prince de Condé, dont les intérêts étaient certainement en jeu dans ces rivalités, il restait à Bourges, u fréquentant les écoles, dit le nonce, comme un écoHer quelconque, rédigeant luimême les leçons de jurisprudence, et argumentant avec les autres écoliers '. »

I. Nonce, 7 juillet 1620, de Paris. Nous citerons encore à ce propos un passage de la Rencontre du duc de Bouillon, qui nous parait fort intéressant : « H. IV. — Or, maintenant où est-il (le prince de Conde) et à quels exercices s'occupe-t-il plus ordinairement? — B. 11 y a longtemps qu'il ne bouge de la ville de Bourges; depuis qu'il est gouverneur de Berry, il y a demeuré la pluspart du temps et y a fait plusieurs bonnes affaires, entre autres il y a faict démolir et ruiner Sanserre, dont vous faisiez autrefois tant d'estat, et l'a reduict à tel point que ce n'est plus aujourd'hui qu'une petite bourgade. — H. IV. Hé bien, il faut supporter cela, puisque ce sont les eftécts d'un prince couronné; mais que faict-il à Bourges r y est-il pour estudier ou non ? — B. Je ne sçay; on m'a bien dict, à la vérité, qu'il fréquente fort les escoliers, et bien davantage qu'il prend tous les jours les leçons de deux docteurs et vit avec autant de familiarité parmy ses académiques que s'il estoit de la condition et de l'aage de faire une bonne vie avec eux. — H. IV. Cela n'est pas deff'endu : mais encore ne va-t-il point à la cour r demeure-t-il perpétuellement

Le prince de Condé ne réussissait cependant pas à se faire oublier. Le roi ayant écrit à M. de Schomberg à l'instigation de Toiras, les ministres firent ordonner au comte de quitter son gouvernement d'Angoulême, contigu à celui du prince de Condé dans le Berry, et de se retirer dans une de ses maisons, en attendant Tissue d'un procès qu'il avait pour un duel avec le comte de Caudale. En même temps, le roi commandait à tous les Parlements de veiller à ce que personne ne fît des levées d'hommes dans le royaume '. Ces mesures étaient un coup porté à l'influence de Toiras, et prouvaient en même temps que les Brûlarts parlaient encore en maîtres.

« Reste à considérer, dit le nonce^ comment dans ces intrigues compliquées se gouvernent l'une et l'autre reine. La reine régnante, encore offensée de la prohibition qui lui a été faite pour défendre l'entrée de sa chambre aux hommes, si ce n'est quand le roi y serait, bien que cette défense provienne du prince de Joinville jaloux de sa femme, s'est laissée persuader du contraire par la princesse de Conti, sœur de ce dernier, et, afin d'obtenir par le moyen de M. de Puisieux, comme celui-ci l'a promis, la révocation de cet ordre, lui fait de grandes caresses. — La reine mère, bien qu'elle vive en grande intimité avec la comtesse de Soissons et qu'elle ne soit point satisfiite des favoris, pour le moment cependant^ soit qu'elle se tienne pour contente des démonstra-

à Bourges sans s'enquérir des affaires de l'Estat, et voir si le roy n'auroit point affaire de luy pour l'employer en quelque bonne occasion? — B. Sire, il est bien là, jusqu'à ce qu'on rompe le repos aux pauvres huguenots, ou tout d'un coup alors il sauttera en place pour s'animer et s'armer contre eux, afin de leur faire paroistre sa haine dont ils ne sont nullement en doute et qu'ils ne craignent pas pourtant beaucoup. — H. IV. Et mon ancien et fidelle serviteur le duc de Sully ? — B. Depuis vostre deceds, il n'a plus esté en charge, et mesmes n'a guère paru depuis à la cour : il s'est retiré dans sa maison et y vit sans bruict, sans mot dire, et sans s'entremesler aux affaires du temps. » Ces mots, les derniers du factum, en contiennent pour nous la signature : c'est Sully qui l'a écrit. 1. Ambass. vénit., n" i5o, 3 juillet.

dons d'affection du roi son fils à son égard, soit qu'elle veuille vivre tranquille ou qu'elle se conduise d'après les avis du cardinal de Richelieu, qui veut être bien avec les deux partis, ne se remue pas beaucoup et n'agit guère *. »

Telle était la situation au milieu de l'année 1623 : le roi indécis, mécontent de tous et de tout ; la reine mère et son habile ministre attendant et se ménageant ; la reine régnante délaissée et sans crédit; les partis aux prises, le prince de Condé aux aguets ; les ministres en faveur battus en brèche et ne se soutenant que par de merveilleux tours d'équiUbre. Une crise devenait de plus en plus inévitable.

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