Ambass. vénit., n° 2o
■ Nous voici aux derniers jours de l'année 1623 ; on a pu voir dans les extraits précédents quelles fluctuations, quelles oscillations avaient agité la cour pendant six mois dans les sens les plus contraires. On est à la veille du dénouement. Résumons, s'il est possible, en quelques traits l'histoire de ces derniers mois : On croit au commencement la reine mère au comble de la faveur, les ministres à bas, et l'influence de ces derniers empêche cependant le roi d'assister à la comédie chez sa mère. Louis XIII se défend de former des desseins contre eux; mais leur domination lui pèse; il aime la gloire, il sent qu'ils ne sont pas de taille à lui en donner, et cependant il les garde, parce qu'ils le laissent chasser tranquillement. La reine mère et les Brûlarts ne s'entendent qu'en apparence ; des deux côtés on sollicite Condé de revenir à la cour, et cet homme que les deux partis appellent pour s'en faire un instrument contre l'autre est celui-là même que le roi repousse avec obstination. Les Montmorencys et les Guises sont en lutte ouverte, et si, au milieu de ces compétitions, le roi écarte la protégée des Brûlarts, la duchesse de Chevreuse, c'est pour mettre à sa place encore une de leurs protégées. La Vieuville, introduit dans le conseil par les ministres, se tourne contre eux; il va l'emporter sur ses rivaux, et sa fortune est déjà chancelante. Que de contradictions, quelle inextricable confusion!
Cependant le cardinal de Richelieu continue à servir la reine mère dans ses aff"aires d'argent et conduit d'une main sûre sa propre fortune politique en même temps que celle de sa maîtresse, lui pour qui le roi professe une aversion égale à celle qui l'éloigné de Condé ! Le terrain de la cour, si mouvant, est sourdement miné par le cardinal; il attend le moment de percer et de paraître dans toute la force de son génie, et ce moment est proche.
La crise depuis si longtemps prévue, attendue et tant de fois retardée éclate enfin, pour servir de dénouement à six mois d'incertitudes.
En effet, le roi, après de longues hésitations apparentes, après des dissimulations, qui étaient peut-être, plutôt qu'un signe de faiblesse, l'indice d'une froide résolution qui attendait son heure, envoya comme cadeau de jour de l'an à un vieillard octogénaire, qui avait servi son père et lui-même, une disgrâce humiliante. Ici, la logique des choses l'emporte. La chute des Brûlarts est sans dignité, comme leur administration a été sans grandeur,
« Le soir du jour de l'an, dit le nonce, le roi ayant demandé au chancelier les sceaux, il y eut entre eux un échange très vif de paroles. Pour en finir, Sa Majesté donna l'ordre que les sceaux lui fussent rapportés le lendemain matin; Puisieux s'empressa d'obéir '. » L'ambassadeur vénitien donne des détails plus complets et un peu différents. « Le chancelier, dit-il, a rendu les sceaux ; le roi a dissimulé, suivant l'ordinaire; car le jour même il avait assuré le chancelier de sa bienveillance. Bassompierre, qui est l'ennemi de La Vieuville et qui est aussi peu content de la maison des Brûlarts % a cependant agi très vivement en leur faveur, et il avait même rapporté au chanceUer qu'il l'avait sauvé; mais, dans le même temps, le roi a commandé à Puisieux que son père apporte les sceaux. Le chanceUer a été représenter au roi ses services ; on dit que Sa Majesté a assuré qu'il l'aimait et qu'il estimait Puisieux ; mais on ne sait rien de certain, d'autant plus que le roi l'a écouté en