Nonce, 3 janvier 1Ô
L'ambassadeur vénitien exprime une opinion semblable quand il dit : « Un grand coup a été donné au pied de l'arbre, et, si l'on continue à le frapper, on peut croire qu'avec le tronc tomberont toutes les branches ^ »
Le nonce, qui avait été récemment blâmé par son gouvernement pour son animosité trop manifeste contre les Brûlarts ', croit devoir faire des réserves et prie la Chancellerie pontificale de ne pas ébruiter ses renseignements, et il envoie une sorte de contre-lettre dans laquelle il dit que le chancelier a remis les sceaux au roi, à cause de son grand âge, que le roi a paru affligé, et que M. de Puisieux est content et en grande faveur.
La décision du roi était irrévocable, et ce qu'il y a de triste dans cette révolution de gouvernement, ce sont les efforts désespérés des Brùlarts dans la longue et trop pénible agonie de leur domination pour se cramponner au pouvoir. L'ambassadeur vénitien donne comme parfaitement avéré un fait qui paraît assez conforme aux procédés ordinaires du chancelier et de son fils, mais que l'histoire cependant répugne à enregistrer : « Des trois sceaux dont on se sert, à savoir de la couronne de France, de la Navarre et du Dauphiné, et qui sont confiés au garde des sceaux, il se trouvait qu'il manquait celui de France, le principal; le roi l'a envoyé réclamer au chancelier, qui a déclaré les avoir tous consignés à son fils, et ajouté que celui-ci aurait sans doute oublié de les rendre ensemble. On calcule que ce manque de mémoire a fortement accru la bourse de Puisieux au moyen de sceaux secrets. C'est là un procédé de domestique à l'égard de son roi et de son maître ^. »
Les sceaux ayant été enfin remis au complet entre ses mains, Louis XIII fit choix, pour lui en donner la garde, de M. d'Aligre, celui-là même que les Brùlarts avaient écarté