Agucchia, 28 avril
donne guère lieu de supposer qu'il entrât dans les vues du Saint-Siège de se conformer aux intérêts du gouvernement français dans la question de la Valteline. En effet, son manque de bonne volonté, son entente indubitable avec l'Espagne laissèrent le champ libre à de nouvelles difficultés. Les Espagnols commencèrent par reculer encore l'exécution du dernier accommodement, sous le prétexte que les restrictions faites par la France étaient contraires à l'esprit de la négociation; ils continuèrent, suivant leur méthode ordinaire, à donner au duc de Feria des ordres secrets, tout contraires à ce qu'on lui commandait ouvertement : « Palesamente al duca di Feria s'ordina una cosa et in secreto si scrive divevsamentc, î dit le nonce. Le gouverneur de Milan dut cependant s'exécuter; mais il ne le fit qu'à moitié : il consigna entre les mains du duc de Fiano les forts de la Valtehne, moins Chiavenne et le fort de Rive, c'est-à-dire les deux positions stratégiques les plus importantes de la contrée. Dans le même temps , le duc de Pastrana , envoyé comme ambassadeur extraordinaire par la cour d'Espagne auprès du pape, déclarait que ses pouvoirs ne l'autorisaient pas à négocier avec le Saint-Père pour un arrangement définitif des affaires de la Valtelirie. Il faut convenir que le gouvernement français poussait loin la patience. « Ces Espagnols se moquent de nous, écrit le nonce lui-même à l'abbé Cavalcanti; d'abord ils ne veulent pas remettre Chiavenne et Rive, sans lesquels le dépôt des autres forts devient inutile et ridicule. Ensuite ils refusent de confier au duc de Pastrana la mission de terminer entièrement le différend sous la médiation du Saint -Père, parce qu'ils se trouvent blessés que le roi de France ait, dans l'acte d'approbation du dépôt, fixé un terme et demandé la restitution de la Valteline aux Grisons. En vérité, j'estime qu'ils nous tiennent pour aveugles et stupides, s'ils croient que nous ne voyons pas leurs artifices et que nous ne connaissons pas leur but, qui est de faire en sorte que le Roi Très Chrétien
mécontente ses amis et confédérés, de traîner la négociation en longueur et de se moquer ensuite de tout le monde ^ »
Cette échappée du nonce était malheureusement tout à fait en dehors de la ligne de conduite adoptée à ce moment par le Saint-Siège. Le secrétaire d'État n'hésitait pas en effet à défendre les audacieux subterfuges du duc de Feria. « M. le commandeur de Sillery, écrit-il, est venu me chercher querelle, en prétendant que non seulement les Espagnols les ont trompés, mais qu'ils se sont moqués d'eux, en retenant Chiavenne^ qui est si important et qui demande une grosse garnison, presque égale à celle qu'il faut pour la Valtehne ; non seulement, dit-il, ils ne sont pas sortis de là, mais ils tiennent en main la porte principale des Grisons ^ Enfin l'ambassadeur a parlé de manière à insinuer que nous sommes d'accord avec les Espagnols et que nous avons voulu endormir les Français pour faire évanouir leurs desseins et ceux de leurs alliés et pour donner aux Espagnols le temps d'armer. » Le cardinal ajoute que tout cela provient des rapports de Gueffier et qu'il est notoire que Chiavenne est une vallée distincte de la Valteline, et qu'elle n'a pas été comprise dans le traité de Madrid. « On ne peut compter non plus, dit-il, parmi les forts de la Valtehne, le Borgo et la Rive ; aussi ne sont-ils pas compris dans l'écrit relatif au dépôt des forts. Au surplus, le commandeur n'a fait aucune observation sur cet écrit ; il a seulement dit qu'il convenait de remettre aussi Chiavenne ; il est vrai encore que le duc de Feria a déclaré que Chiavenne serait aussi comprise dans le dépôt ; mais en somme il l'a gardée ^ »
Voilà, on en conviendra, de singuliers arguments pour